
Séance de travail avec M., à la bibliothèque. M. fait des études hyper-poussées de sociologie qui me donnent l’impression d’être paralysé d’un hémisphère cervical et demi lorsqu’elle m’en parle.
À un moment, elle se met à feuilleter le manuel de Sixième sur lequel je prépare mon cours.
“Quelle émotion ressentez-vous en lisant ce texte ? Rah, je détestais ces questions !”
Elle n’est pas la seule. Depuis quelques années, j’essaye systématiquement de reformuler ce genre de demandes. D’expérience, j’ai constaté qu’il n’y a rien de plus paralysant pour un môme de métaphoriquement lui braquer un projecteur sur la tronche en lui demander “QU’EST-CE QUE TU RESSENS ? HEIN ? HEIN ?”
Apprendre à transformer le bruit qui retentit dans notre tête en émotions est primordial. Mais terriblement délicat. Et je sens un peu de rancoeur et de résignation à la façon dont M. tourne les pages. Nous – et je m’inclus très volontiers dans ce nous – continuons à explorer les textes avec des outils brut de décoffrage. Construire un autre rapport aux textes, à ces objets riches, exigeants, et capables d’ouvrir mille portes reste un sacré défi. On avance lentement, très lentement.