Vendredi 25 novembre

Je commence la journée avec une migraine carabinée : j’ai tenté de commencer à remplir les bulletins taillés sur le modèle du LSU (Livret Scolaire Unique), un autre cadeau de la réforme du collège dont je me serais bien passé. L’objectif est de rendre ledit bulletin plus lisible dans les familles en déclinant les appréciations en plusieurs catégories. 
Dans les faits, ce qui était, pour moi, jusqu’alors, un paragraphe me permettant de communiquer de façon simple et précise avec les familles devient un saucissonnage d’aphorismes : j’ai beaucoup de mal à remplir la case “progrès” (quels progrès ? Ceux effectués, ceux restant à faire ?) sans déborder dans la case “difficultés éventuelles” ou “élément acquis.” On me dira que ce bulletin permet plus de précision que les textes parfois impressionnistes ou trop lapidaire (”bon travail, continuez”, “moyen”) qui émaillent certains bulletins. Mais le fait est que, à Ylisse, il est déjà très difficile d’amener nombre de familles à regarder autre chose que les moyennes chiffrées. J’ai la nette impression que ces bulletins de plusieurs pages n’amèneront que davantage de confusion. 
Quant aux profs ? “C’est bien simple, je n’ai jamais fait autant de copier / coller !” peste A., qui enseigne à toutes les classes, et donc donc remplir plus de mille petites cases.

Coup de téléphone au papa de D., Candidate 4 que nous avons vu mercredi. Je lui fais part de notre envie de la voir intégrer la 6ème Glee.

“Mais c’est une classe ou elle va jouer ?
– Je vous demande pardon monsieur ?
– D. Elle m’a dit que dans cette classe on jouait. Moi je veux qu’elle apprenne.
– Elle jouera de la musique, monsieur. En plus du programme.
– Elle continue à travailler ?
– Bien sûr.
– Alors oui. Oui oui, je veux bien.
– Et sa maman m’avait parlé de ses petits frères qui jouent au foot…
– Non. Non non. Si elle apprend et elle apprend la musique c’est important.”

Je raccroche avec un smile sur le visage qui n’est rien à côté de celui de D. quand je lui annonce son changement de classe. J’ai l’impression d’être le Père Noël la barbe en moins. Ce sourire a l’effet sur moi de la potion magique de Panoramix et c’est presque rassuré que je vais affronter les Daleks.

Cet après-midi, E. est absent. Et pour un vendredi après-midi, le cours se passe de façon quasi-idéal. Les mômes bossent, cherchent, et surtout, semblent heureux d’expérimenter de se tromper et d’envisager d’autres façons de faire. Même S. remplit son contrôle intégralement (en louchant copieusement sur sa voisine, mais une cécité soudaine m’aveugle), quand il me rendait au mieux cinq lignes depuis le début de l’année.
J’aimerais dire que c’est un heureux hasard. Que les mômes qui influencent une classe à ce point n’existent que dans les téléfilms. Mais j’ai beau faire, je constate que j’ai, pour une fois face à moi, des ados biens dans leurs baskets, sans le moindre antagonisme pour l’adulte qui circule dans leur rang et leur propose une autre formulation dans le compte-rendu qu’ils rédigent, suite à leur entretien avec un vétéran de la seconde guerre mondiale.

Comme j’ai encore un peu de potion dans les veines, je tente de voir le bon côté des choses. La situation est, finalement, assez simple. Et se réduit à une grande et terrible question : que faire d’E. ?

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