
Je relis une énième fois un passage de La promesse de l’aube, en préparation d’un cours de la semaine prochaine.
Deux semaines passées à le travailler avec les 3èmes Daleks m’ont amené à la conclusion suivante : j’aime énormément ce bouquin. Bosser sur un texte que l’on apprécie avec une classe, c’est toujours casse-gueule. Et un moment de vérité. Parce que l’oeuvre sera dépiautée, méprisée, comprise de façon totalement inédite – puis incomprise de façon totalement inédite – on se prendra la tête sur des détails pas possibles, ou on se sentira totalement impuissants à faire passer l’émotion intime que provoque les mots d’un auteur chez nous.
Comme quand Amidala haussera un sourcil dégoûté : “On étudie encore le mec et sa grosse daronne là ?”, que N. demandera pourquoi, au Moyen-Âge, les garçons voulaient devenir pilote de chasse ou que S. refusera tout simplement de poser un regard sur un passage qu’on a sélectionné spécialement pour lui.
Étudier des mots aimés, c’est les faire passer au grand huit, c’est le mode hardcore du professorat. C’est aussi avoir foi en ces “vieux bayes”, c’est préparer un cours et des activités béton. Parce que les mômes en face n’auront aucune bienveillance a priori pour ce que leur prof vient leur présenter. C’est faire preuve d’une foi et d’une rigueur démesurées : c’est se dire que l’amour des mots se transmet par les plus grandes épreuves.
Mais qu’est-ce que ça vaut le coup.