
J. est dyslexique. J. est totalement foutraque, J. a aussi un peu de mal à s’exprimer. J. est un adolescent flinguette que les trois quart de la troisième Dalek pourrait écrabouiller en lui soufflant dessus.
Seulement aujourd’hui, J. est Créon.
Il est le seul, le gamin à la moyenne peu reluisante, à avoir appris sa tirade. À essayer, même, d’aller un peu plus loin. Il a un timbre de voix que je connais trop bien : un peu trop haut dans la poitrine. Elle ne sera jamais profonde et impressionnante. Il se fera parfois un peu mal en forçant dessus. Je le sais, j’ai le même. Mais il sera capable d’incarner, dans ce déséquilibre de la voix, qui il souhaitera, s’il s’en donne les moyens.
De fait. il est aujourd’hui, devant ses camarades, le tyran de Thèbes. Et s’il a commencé les yeux baissés, il relève la tête, à mi-parcours, et promène son regard sur ceux qui ne le voient jamais. Tous se sont tus. Et écoutent l’empereur furieux expliquer ses lois à une jeune entêtées.
Aujourd’hui, J. découvre la toute-puissance, carmen, carminis, du langage.