Mercredi 13 septembre

Je croise Friedrich devant la boulangerie d’Ylisse. Exactement comme dans mes souvenirs. Très grand, large d’épaules, une figure de bébé et un regard un peu perdu :

“Vous allez bien M. Samovar ?”

Ça ce n’est pas comme dans mes souvenirs. En deux mois de vacances, la voix de l’ex-troisième s’est posée. D’autant plus exceptionnel qu’en 3ème Apocalypse, l’année dernière, Friedrich s’exprimait la plupart du temps par borborygmes ou fragments de phrase. 

Friedrich passant son temps à se balancer sur sa chaise, à piquer des stylos et contester, Friedrich perdu.

“Très bien. Que faites-vous cette année ?
– CFA mécanique auto. Je me suis trouvé un patron, là !
– Bravo. Ça vous plaît ?
– Ah monsieur, c’est trop bien !”

Friedrich ne s’est absolument pas métamorphosé. Simplement, il évolue désormais dans une réalité à sa pointure. Il n’éprouve plus le besoin de protester ou de bouder parce que sa vie lui convient. Enfin, après quatre ans. 

Je le salue et poursuis ma route avec des sentiments mitigés : l’école est-elle vraiment, pour certains, cette antichambre de l’ennui, voir de la souffrance, dont on attend plus ou moins patiemment la sortie ? Est-ce qu’un monde idéal consisterait à forger un parcours sur mesure à des Friedrich et aux autres, ou devons-nous absolument faire comprendre à ces esprits en devenir qu’il y a dans la société des choses qui ne changent pas, avec lesquelles il faut apprendre à composer ?

Beaucoup d’interrogations. Encore trop tôt pour y répondre, je dois d’abord travailler. Prendre du recul viendra un peu plus tard.

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