
La journée commence avec les troisièmes Max, aussi extrêmes dans leur côté amorphe que dans leur excitation. Je leur présente pour la première fois les épreuves du brevet dans un silence de plomb, que parvient difficilement à remuer le rire de Ti’ana qui co-enseigne avec moi durant cette heure. Soucieux de bien faire cette heure-ci, devant une collègue avec qui je n’ai jamais eu l’occasion de bosser devant élèves et que je respecte immensément, j’en fait des caisses et, à nous deux, nous parvenons presque à tirer les mômes de leur torpeur, un quart d’heure avant la sonnerie.
Je retrouve les mêmes troisièmes Max après deux heures de trou, passées à bosser en salle des profs, dont un temps non négligeable est passé à tenter de faire fonctionner la vénérable chose qui se fait passer pour une photocopieuse à Ylisse et qui décide de faire des siennes trente minutes après le passage du technicien.
Changement de décor : les mômes sont redevenus les puces agitées sans code qui…
Non.
Comme d’habitude on respire profondément (je l’ai appris en regardant Scrubs) et on pense différemment (je l’ai appris en jouant à Phoenix Wright) : ne te demande pas pourquoi cette classe est comme ça, demande-toi si cette classe est comme ça.
Et je finis par distinguer ce que eux doivent voir depuis le début. Six mômes vraiment en roue libre et le reste des élèves qui attend avec plus ou moins de patience. Voilà. Ce sont ces six-là qui constituent le côté bordélique de la troisième Max. Qu’il faudra gérer individuellement. C’est un début. Faire émerger les individus de la bouillasse des débuts d’année.
L’après-midi se passe avec les cinquièmes. Joli ascenseur éducatif.
Deux styles différents, entre lesquels je vais jongler toute l’année.
Fin de journée. Cheffe Adjointe vient discuter avec T. et moi de ce début d’année, des classes qui commencent à tester les enseignants. Pour Cheffe Adjointe, il y a toujours une raison au comportement des mômes, fussent-ils les plus extrêmes. C’est à la fois exaspérant et bizarrement rassurant. Je me souviens avoir lu qu’en ce moment, des éruptions solaires peuvent avoir une influence sur le climat et le tempérament humain. Ce serait chouette de se dire que c’est ce que nous faisons, nous les profs, quand les gamins savent se montrer infâme : lutter contre le soleil.
Ou peut-être qu’ils sont juste ultra-relou comme tous les débuts d’année.
À chacun sa mythologie, à chacun ses aventures.