
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il neige.
Or donc, face à l’artillerie déployée par les cieux (oui “AU QUAYBAYC IL NEIGE PLUS ET TOUT SE PASSE BIENG.” J’aimerais signaler que personne ne s’est jamais amusé à comparer le taux d’insolation entre la France et un pays d’Afrique du Sud. Comme quoi…), il a été décidé que, dans le coin où j’enseigne, les bahuts fonctionneraient à divers degrés au ralenti. Du coup, à Ylisse, les cours ne sont pas assurés, mais l’accueil des mômes si. Et par une conscience professionnelle coupable et bête, je me trouve donc dans une gare parisienne à attendre le RER après qu’un quidam m’ait généreusement arrosé les chaussure du café qu’il portait dans un gobelet en carton dans les escalators.
Là, déjà, tu sens la journée qui commence bien.
Et tandis que j’attends gentiment mon train, j’avise à un mètre de moi, une jeune fille en train de discuter avec animation et une copine. Tellement d’animation, à vrai dire qu’elle finit par échapper le pain au chocolat qu’elle tient à la main. La viennoiserie décrit une gracieuse arabesque avant de me heurter en plein visage.
Il est 7h10, et je viens de me faire agresser par un petit déjeuner à 3 euros 50.
Après un voyage dans un vaillant wagon qui grince à me faire croire dans un roman gothique – la tronche des autres usagers des transports ainsi que la mienne renforçant violemment cette impression – je parviens enfin à Ylisse. L’ascension d’escaliers gelés et la traversée d’un parking qui n’est pas sans rappeler une patinoire des jeux olympiques plus tard, je suis enfin sur mon lieu de travail.
La première tâche de la journée va consister à déneiger l’entrée du bahut avec l’aide Y., d’un AED, de N. et de Cheffe, ce qui me permettra de me réchauffer et d’éviter que des parents chagrins nous intentent un procès si leur progéniture s’étale sur une plaque de verglas. Mentalement, je rajoute cette compétence à ma liste de talents inutiles.
Début des cours : pour la première fois depuis que je suis ici “nous sommes en supériorité numérique” comme le remarque en rigolant une collègue. Au maximum, il doit y avoir une vingtaine de mômes présents. Je me retrouve à m’occuper des troisièmes, qui sont au nombre patafiolant de trois. Dont deux troisièmes Tardis : Daria et Mercutio.
“Qu’est-ce que vous faites là ?
– J’avais dit à Mercutio que je voulais voir vos têtes quand vous serez obligés de vous occuper de nous.
– Ça valait le coup ?
– Pas vraiment en fait.”
Je ravale une solide poignée de jurons et décide de les faire bosser sur leur oral de brevet. Les deux gamins s’exécutent gentiment tandis que la troisième, prise en charge par G., bosse sur de la conjugaison. Ah, et on me glisse dans l’oreillette qu’elle vient d’arriver en France, qu’elle est allophone. Un énième rebondissement dans la vie du bahut.
Le reste de la journée s’écoule doucement. Affichage dans la classe de Monsieur Vivi tandis qu’il fait cours avec le plus grand sérieux à deux élèves, discussions avec T. sur Ezia Polaris, blagues avec Lady T.
Je rentre chez moi sans comprendre ce qu’il s’est passé. Mais il paraît que c’est bien, que j’ai “assuré la continuité du service public”.
Et vécu une journée inédite.