
À de rares exceptions près, les élèves ont des niveaux variables dans les matières.
Et, en tant que prof, j’ai des niveaux variables concernant les élèves.
J’ignore si je suis un bon ou un mauvais prof. Très certainement quelque part entre les deux. Mais je suis certain que mon niveau varie grandement en fonction des mômes que j’ai en face de moi.
Les mecs par exemple. En général je m’en sors. Même les plus rétifs, même les plus pénibles. Il est rarissime qu’un garçon me fasse sortir de mes gonds ou que je sois incapable de nouer un lien quelconque avec lui, fusse-t-il volcanique. C’est beaucoup plus aléatoire avec les filles, dont certaines me resteront étrangères, même après plusieurs années.
J’ai énormément de difficultés avec ceux qui prennent beaucoup de place, et il me faut me surveiller de près pour ne pas être le prof qui privilégie toujours la participation de celui qui ne se porte que très rarement volontaire. Je suis totalement désarmé face à la gouaille et à la désinvolture moqueuse. Que l’on soit en difficulté, en révolte, en indifférence, je peux gérer. Que l’on prenne ce que l’on fait à la légère me révolte, et, plus grave, je ne parviens que rarement à avoir les bonnes réactions.
Étrange typologie humaine. Ma kryptonite, une gamine somptueusement moqueuse. Et il est souvent difficile de travailler là-dessus, car l’humain est tout autant en jeu que le professionnel. Comme si souvent.
Ils sont rares, admirables, les enseignants qui parviennent à saisir toute la gamme des personnalités adolescentes, à leur conférer une place et une valeur. La quête de nombreuses années.
Et, l’avouerais-je, l’une de celles qui me fascine le plus dans ce métier.