“Nanami, passez-moi votre téléphone. – Et pourquoi ? – Parce que c’est interdit. – Vous dites rien quand je regarde l’heure dessus. – Mais là, vous envoyiez un sms. Vous le récupérerez à la fin de l’heure. Sinon, vous savez ce que le règlement intérieur dit sur les portables, pas vrai ?”
La gamine me passe son Iphone flambant neuf qui trônera sur le bureau jusqu’à la fin de l’heure. L’intégralité de ce dialogue m’a pris quinze secondes, et le cours se passe parfaitement bien.
Et je suis en tort.
Je suis en tort parce que le règlement exigerait que je confisque l’objet. Que ce soit les parents qui viennent le chercher. Je suis en tort parce que, visiblement, le téléphone portable est au centre des interdictions à l’école si j’en crois les journaux de ces derniers mois.
Au-delà de ça, je montre aux élèves qu’avec Monsieur Samovar, regarder l’heure sur son portable c’est pas dramatique.
Moyennant quoi, j’ai réussi à ne pas avoir à jouer à un deux trois soleil avec les élèves, et les confiscations d’appareil ne donnent jamais lieu à des drames en trois actes. Souvent, je me dis qu’apprendre à reconnaître les zones grises, celles où les règles ne s’appliquent pas tout à fait, est également important pour les mômes.
Mais peut-être aussi que j’achète juste la paix sociale pour pouvoir continuer mon cours.
Et ça, je doute qu’une loi y change quelque chose.
Strange Journey vient de ressortir sur 3DS dans une version améliorée. (Oui, ça cause jeu vidéo). Étrangement, même s’il n’est pas mon jeu préféré, il reste l’un de ceux qui me revient le plus souvent en tête. Peut-être à cause de son ambiance, à la fois hostile et attachante, son côté SF rétro ou sous scénario d’une simplicité diabolique.
Postulat : dans les années 2000 et quelques, une sorte de vide apparaît au Pôle Sud et commence à s’étendre progressivement, menaçant d’engloutir la Terre. L’ONU dépêche quatre véhicules équipés de technologies de pointe ainsi que de l’élite scientifique et militaire mondiale. Leur but : plonger dans ce pseudo-trou noir pour comprendre ses origines. À l’intérieur, le groupe découvre un monde étrange, formé de reliquats de la civilisation actuelle, et envahi de démons et de créatures angéliques. Bientôt, un dilemme se pose : faut-il chercher à tout prix à refermer cette brèche en comptant sur les dérisoires moyens dont dispose l’équipe, ou s’allier avec l’une des deux factions en présence pour en exploiter le pouvoir ? Bien vite des dissensions apparaissent…
Strange Journey n’est pas un jeu aimable. Il appartient au style des explorations de donjon (dungeon crawler dans la langue de Shakespeare), dans lequel on contrôle, en vue à la première personne, un groupe qui explore de vastes environnements en se déplaçant case par case. Groupe composé du personnage que vous incarnez, l’un des militaires envoyés en mission et de ses alliés surnaturels. Car rapidement, il sera loisible de recruter anges et démons dans son équipe. C’est même d’ailleurs essentiel, car le héros est faible. Et le restera durant tout le jeu. Le seul espoir de survie consiste à passer des pactes avec des créatures monstrueuses afin d’en affronter d’autres, plus puissantes encore. C’est donc à la tête d’une troupe pour le moins étrange que l’on explore le labyrinthe du trou noir nommé Schwarzwelt. Sur des musiques que je trouve terriblement angoissantes (sourdement pulsés, et accompagnées de voix inhumaine), on cherche désespérément une sortie et une issue pour l’humanité, qui ne soit pas fatale. Seuls les retours au Red Sprite, le vaisseau principal, fournissent l’occasion d’échanger un peu avec les autres membres de l’équipage et Arthur, une IA pour le moins loquace.
Strange Journey résiste. Il permet de créer l’illusion d’un monde dans lequel l’humain n’a pas sa place. Et de sombres pressentiments nous agitent, alors que nous nous enfonçons toujours plus profondément dans les tréfonds de ces couloirs austères. Si l’on arrive à accepter la simplicité des décors, le combat au tour par tour souvent ardu, alors le charme opère et l’on peut affronter de toutes ses forces ce que la Terre a déployé pour se débarrasser de cette hôte indésirable, l’humanité.
Discussion avec Monsieur Vivi. Qui, l’autre jour, assistant à un cours de collègue, s’est aperçu que ses élèves ne se comportaient pas comme dans ses cours.
“Ils sont plus ouverts, j’ai l’impression que je les inhibe”, me dit-il en substance. Et, parce qu’il est ainsi, il se remet en question.
Nous sommes vendredi soir, je suis épuisé, les mots m’échappent. J’aimerais lui dire, dire à tous les collègues. Qu’à chacun de nous, les ados montrent quelque chose, qui se révèle au travers de notre façon d’enseigner, de notre rapport à eux. Qu’ils choisissent leur attitude comme nous choisissons la notre, face à eux. Et que jamais, jamais nous ne les verrons dans leur totalité, dans le bon comme le mauvais.
Hier, devant les grilles du collège. On quitte le bahut avec Monsieur Vivi. Nous dépassons Mose qui zone avec deux de ses potes. Ils sont en troisième, Mose en cinquième. Il les dépasse d’une bonne tête. Impulsion soudaine, je fais signe au gamin.
“Mose, vous ne venez plus en cours. – Bah si bah si, vous mentez (je mens souvent pour Mose), j’étais en cours hier. – En tout cas, vous ne venez plus aux miens. La dernière fois qu’on s’est vus, c’était il y a un mois.”
J’ignore pourquoi, mais je ne m’énerve jamais quand je parle à Mose. Ni ne suis trop bavard. Sans lui laisser le temps de répondre, je poursuis :
“Demain on a deux heures, on se voit, hein ? – À quelle heure ? – Dix heures et demie. – OK. – À demain alors.”
Je le laisse, il retourne vers ses copains qui l’observent d’un air moqueur. Il y a toutes les chances que je me sois ridiculisé mais, comme je l’explique à Monsieur Vivi, il fallait tenter.
Dix heures et demie. Mose entre en cours et va s’asseoir.
“Je suis là monsieur, z’avez vu ? – Oui, bienvenue. Allez, sortez votre livre. “Les Fourberies de Scapin”, c’était pas évident, hein, la scène 4 ? Plein d’informations.”
Sans m’arrêter, je pose un livre devant Mose et commence le cours. Une fois tous les mômes au travail, je me pointe devant lui. Ma seule chance, c’est de rester totalement prof. Ni heureux de le voir, ni agacé. Je lui explique précisément ce qu’on a fait depuis qu’il est parti, ce que j’attends de lui.
“Mais monsieur, je suis mauvais hein. – Oui d’accord. Donc, vous avez bien compris qu’Argante, c’est le père. – Euh oui.”
Deux heures. La première heure, Mose s’accroche, participe. Ainsi que tout le reste de la cinquième Arkham. Chaque scène lue s’achève par le même rituel : je leur adresse mon sourire le plus large en leur lançant :
“Holà, c’était tellement compliqué ! Du coup, quelqu’un à réussi à tirer quelque chose de ça ?”
Et puis l’un d’eux lève la main. Énonce son minuscule éclat de compréhension. Rejoint par un autre, qui a pigé le début du stratagème de Scapin (”Quand il dit machine, en fait, monsieur, c’est machination, c’est logique le français, en vrai !”)
Deuxième heure, Mose se contente de se taire. Balance deux boulettes de papier mais rien d’autre. Il vient me trouver à la récréation, littéralement transpirant.
“Vous avez vu ? J’ai tenu hein ? Le comportement.”
Fierté béate. Je me permets un sourire.
“Oui. C’était assez bien. On se revoit quand ? – Genre on est au collège monsieur, on prend pas rendez-vous ! – Alors vous serez en cours avec moi la semaine prochaine ? – Bah si on continue les bails de Scapin ouais grave. – Mose. – Pardon. Si on continue à étudier Scapin.”
Le môme ne sortira pas de ces deux heures sauvé. Je crois qu’il est déjà beaucoup trop tard. Mais même si la route est brûlée, autant l’explorer : Jean-Baptiste Poquelin, il y a pire comme guide.
Il est des personnages qui vous sont entrés avec tant de force dans l’imagination qu’ils vous tournent autour, avec autant de force que les vivants. Gilliat et l’Évêque de Digne, depuis ma rencontre avec eux dans les pages d’Hugo sont une constante présence, aux limites de mon regard. Gandalf le magicien également. Comme pour des milliers de lecteurs de Tolkien, je pense. Antigone, évidemment. Tous là, tous à qui je pense, que je m’imagine observer mes actions, figures tutélaires.
Et parmi elles, Ultimecia.
Ultimecia, c’est une sorcière, dans le jeu vidéo Final Fantasy VIII. Ultimecia, on ne sait étrangement presque rien d’elle. Sauf qu’elle manipule le temps. Dans sa forme la plus perverse, la plus aigüe : Ultimecia condamne ses victimes au regret.
Je ne vois plus la peur du temps qui passe que sous ses traits.
Ce n’est pas souvent. Le lent ressac des jours m’est en général heureux. Mais il y a des jours.
Je marche aux côtés de Monsieur Vivi.
“Je commence à me détacher des cinquièmes Glee, tu sais, à me dire que je je serai pas leur prof l’année prochaine. C’est douloureux. Je le savais.”
Bien sûr que tu le savais, idiot de Monsieur Samovar. Depuis que tu les as rencontrés il y a deux ans, en sixième, que tu les as pris sous ton aile maladroite de prof principal, tu t’es programmé pour vivre de grandes histoires avec eux.
Monsieur Vivi rigole de cette moquerie sans une once de méchanceté, qui ne blesse jamais.
“Je vais te dire ce que tu m’as dit l’année dernière, quand j’ai arrêté d’être prof principal des quatrièmes Glee. C’est bien.”
Bien sûr que c’est bien. Que cette histoire passionnée doit s’arrêter, parce que je suis prof avant tout. Mais je me donne humainement le droit, aujourd’hui, d’être triste. Triste et heureux. De me laisser maudire par Ultimecia.
Tout maléfice a son contre-sort. Si j’étais consciencieux, un fonctionnaire éthique et responsable, je trouverais du réconfort dans le fait que ces gamins ont progressé. Acquis des compétences variées, ont pour la plupart de solides résultats. Que musicalement comme scolairement, ils sont puissants.
Mais non.
Ce qui me soulage, c’est leur beauté.
Tous, à leur manière, sont devenus beaux.
Il est beau, Benvolio, avec sa voix hésitante et ses mouvements toujours emprunts d’une légère arythmie, qu’il a métamorphosée en une nonchalance presque étudiée.
Elle est belle, Nina, avec ses yeux noirs qui lancent plus d’éclairs que ce qu’elle veut bien dire, mais qui tente de maîtriser sa tempête intérieure, de la transformer en propositions et en réflexions, comme elle est belle dans ce combat.
Elle est belle aussi, Odessa, dont la joliesse de petite fille prend les marques de l’adolescence et dont le visage encore rond s’allonge des mimiques de jeune fille, surtout quand elle joue la tyrannique dirigeante de sa ville, dans le spectacle.
Il est beau, Arès, à sourire sans calcul ni méchanceté, juste parce qu’il est en train de jouer à toucher une poutre en béton avec ses potes. Oubliées, un instant, ses tortures quotidiennes.
Elle est belle, Eilie, métamorphose achevée d’une élève timide et mutique en une jeune fille au calme puissant.
Je les observe tous, cette classe unique, qui cultive avec un soin étonnant la part d’enfance à laquelle elle a encore le droit, tout en explorant déjà les terres souvent ténébreuses de l’adolescence.
“Quitte le paradis de l’enfance pour découvrir l’enfer de l’âge adulte.”, dit de façon grandiloquente Ultimecia, lors de l’une des premières rencontres que nous faisons avec elle, dans le jeu. Souvent j’espère que ces enfants seront assez fort pour lui faire un pied de nez.
En attendant j’ai mal, sous le beau soleil d’Ylisse, j’ai mal et il n’y a rien de plus normal, je suis sorti un petit peu de mon rôle d’enseignant, je suis devenu un peu fou, pour eux j’ai écris des vers et je les ai présentés à mes amis. Oeil pour oeil, paye la transgression, c’est ainsi. À te dire que l’année prochaine ils seront autres, que leur histoire continuera sans toi, que c’est bien, et qu’il n’y a pas la moindre protestation à émettre.
Juste se réjouir.
Jusqu’à ce qu’Ultimecia déploie ses grandes ailes grises. En laissant, pour toute trace de son passage, quelques rides au coin du sourire.
Lundi dernier, durant la formation, je parle d’Ylisse aux collègues – pour la plupart profs de lycée – qui ouvrent de grands yeux.
“Ylisse quand même, ça craint. Les images qui viennent, ce sont toujours les voitures qui crament. – Je sais, et je ne sais pas comment y remédier. Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup plus que ça.”
Encore une fois, c’est F. qui donne les bons éléments de réponses. Quand elle remarque qu’il faut absolument promouvoir ce que nous faisons en classe.
“Ça peut sembler artificiel, mais faire descendre les faits de violence d’Ylisse de deux ou trois places dans les moteurs de recherche, ça joue !”
C’est indubitable. Au fil des années, Ylisse n’apparaît plus dans la presse autre que locale que lorsque les flammes surgissent ou que les cris résonnent, très fort. Mais comme il est difficile d’amener la presse lors du beau et du bon. Des initiatives de la municipalité, ou des citoyens. De l’École.
Ce lundi, F. m’a ouvert les yeux sur un champ de bataille. Nous vivons à l’ère de l’hyper-communication, l’hyper-information. Comment l’investir ?
Trois heures de cours avec les troisièmes Tardis, deux avec les troisièmes Max. Plus des cours de cinquième. Une journée ayant autant le potentiel de me mettre au tapis qu’un 38 tonnes lancé contre un poussin.
Les troisièmes Max en font de drôles, de poussin d’ailleurs. Dans un extrait du “Ploutos”, d’Aristophane, la Galère, déesse de la pauvreté, explique le rôle essentiel qu’elle tient dans la vie, morigénant un citoyen athénien qui plaide pour une égale répartition des richesses.
“Elle a grave raison, monsieur ! Personne ferait rien si on voulait pas devenir riches !”
Trois autres textes dans ce corpus, qui tournent l’argent en dérision. Et pourtant, les mômes refusent de revenir sur leur première impression : il est essentiel que certains se trouvent en bas de la pyramide et d’autres en haut.
“Et vous, vous diriez que vous êtes où ? finis-je par lâcher. – Ben plutôt en haut, ça va, on s’en sort !”
Sentiment de malaise très fort. Je refuse de me livrer à des analyses sociologiques parce que je n’en n’ai tout simplement pas les compétences. Mais ce contraste entre la vision qu’ils ont d’eux mêmes dans la société et leur place véritable me semble aussi néfaste que le misérabilisme dont on fait parfois preuve à l’égard des “élèves de banlieues sensibles.”
Aveuglement moins fort de la part des cinquièmes Arkham, qui viennent de découvrir les “Fourberies de Scapin”, et qui montrent à quel point le travail effectué par toute l’équipe de professeur n’a pas été vain. Confrontée à un texte apparemment à mille lieux d’eux, cette classe qui, en début d’année, se serait retrouvée à danser sur la table à la simple idée d’étudier un texte de théâtre, s’accroche à la langue de Molière. À force de nous montrer tous droits et rigoureux, nous leur avons transmis cette attitude. Qu’ils abandonnent dès la porte de la salle passée. Je suis très fier, d’eux et de nous.
Alors que je m’apprête à reprendre quelques forces en salle des profs après cinq heures devant les élèves, on m’apprend benoîtement qu’en fait, j’ai cours avec les cinquièmes Glee là, maintenant, tout de suite. Une heure de remplacement de collègue qu’on avait omis de signaler sur mon emploi du temps, et qui surgit, tel un Pokemon sauvage. Je me précipite à leur rencontre en pestant tel un membre du gouvernement devant un mouvement social. Monsieur Vivi vient me prêter main-forte et nous profitons de cette heure en plus pour continuer à répéter “Les Citées Aveugles.” Depuis le passage de mon ami M., il s’est définitivement passé quelque chose. Pour la première fois de l’année, tous les élèves chantent distinctement, et fort. Pour la première fois, j’entends, en fermant les yeux, toutes leurs voix. Les filles, plus en maîtrise de ce souffle d’air qu’elles sculptent. Les garçons, libérés de leurs complexes, comprenant qu’on peut aussi être un mec et chanter, grave comme aigu.
Pas d’Ylisse aujourd’hui, je suis à une formation, dirigée par F. F., l’une de mes premières collègues, l’une de celles qui m’a appris que s’il y a un truc auquel il ne faut pas renoncer, c’est ta fierté de faire de bons cours. Organisés et rigoureux.
Dans le lycée où elle enseigne désormais, j’assiste à des exposés de haut vol, par des chercheurs du CNRS et des maîtres de conférences. On débat et on essaye de pousser les réflexions.
Mon cerveau en efferalgan. Ça faisait longtemps, que je ne m’étais pas, une journée durant, contenté de réfléchir. De prendre le temps de faire fonctionner mon crâne. Et ça fait un bien fou.
Et je n’aurai absolument pas l’impression de déchoir, demain, en retournant au bahut pour gérer le quotidien. Mais avoir pris un grand bol de réflexion entre adultes, ça fait un bien fou.
Pour continuer dans la grande tradition de “parlons de tout sauf de boulot le dimanche”, je profite d’aujourd’hui pour faire un peu de pub, pour un membre de ma famille, à savoir ma cousine.
Cousine qui, depuis plusieurs années, a décidé de se lancer dans l’apiculture. Mais pas genre trois ruches quand elle a le temps, hein. Non, une activité professionnelle à temps quasi plein.
C’est dans un petit patelin reculé du Limousin, Dournazac, qu’elle fait de la magie, à savoir du miel bio (même qu’elle a le droit de mettre le logo sur l’étiquette, genre que pour l’obtenir, même Indiana Jones il aurait du mal).
Son site internet, super simple et documenté, parlera mieux que moi de son activité, que je relaye, bien entendu par esprit de famille, mais aussi parce que ce qu’elle fait correspond profondément à ma vision du monde. Oui, l’apiculture, comme toute autre activité, a le droit d’utiliser les outils du monde contemporain pour se développer, mais oui, ça doit se faire de façon responsable et sans abimer la planète.
Alors si t’as une envie de vrai, bon miel, et pas les sirops de sucre hélas trop souvent présents dans les circuits traditionnel, eh bien n’hésite plus bon sang, et passe-lui le bonjour de ma part !
Je ne fréquente Jude que lors des préparations de spectacles. En effet, il est en quatrième Glee, à laquelle je n’ai jamais enseignée. Dans “Les citées aveugles”, il joue le dirigeant de la ville du bas, un vagabond magnifique. Jude est capable d’entraîner un groupe de mômes dans une danse effrénée et la chanson dans laquelle il présente son personnage est, incontestablement, mon moment préféré de la pièce. Il est l’un de ceux qui, par sa seule présence, illumine totalement le reste du projet.
Je sors dans la cour de récréation, on a besoin de lui pour créer de fausses affiches électorales sur lesquelles il figure. J’avise deux de ses potes sur un banc.
“Vous n’avez pas vu Ju…”
Un troisième gamin lève doucement la tête et tente vaguement de fixer sur moi un regard vague, à travers ses lunettes. Je cligne des yeux. J’ai devant moi le prince des souterrains. Dont Monsieur Vivi m’explique qu’il vit au quotidien dans la lune. Et même sa sœur jumelle a totalement renoncé à faire en sorte qu’il atterrisse, ne serait-ce que pour amener ses affaires de cours.
Le môme se laisse docilement mener en salle polyvalente et enfile son costume. Vingt secondes plus tard, j’ai devant moi un ado aux mouvement de chat nonchalant et qui occupe parfaitement l’espace des photos que je prends.
Le Jude que moi, je connais, et qui n’existe que quelques poignées d’heure par semaine. Adolescence, terre de mystères.