
Il pleure.
Il pleure et je ne sais pas quoi faire. C’est tellement évident, c’était tellement prévisible. Un sujet d’écriture – quelques phrases à rédiger à la manière de Perec, je me souviens – qui vient appuyer sur l’une des nombreuses fêlures dans son armure. Le cliché.
Il pleure et mes pouvoirs se heurtent à ses larmes. Consoler je peux. Quand le problème est immédiatement gérable. Ou quand je peux rire, étreindre, amener voir les étoiles, vivre une aventure ou deux.
Mais consoler en restant à ma place de prof, il n’y a pas moyen. Je ne sais pas faire. En cet instant, je donnerai beaucoup pour être Monsieur Vivi. Dont les mots, toujours sont importants. Je ne sors les miens qu’en rafales, forcément il y a du déchet.
Et lui qui continue à sangloter. C’est déchirant. J’étais tellement fier d’être son prof, c’est un élève totalement à part, brillant et foutraque, génial et insupportable. J’allais lui faire comprendre que partir à travers le temps et l’espace, c’est carrément possible, être une marche de plus de son tremplin.
Au lieu de ça, je bredouille des conneries sans suite, après l’avoir fait pleurer au bout de deux semaines. Well done.
Il y a cet épisode de Doctor Who, la seule fois où j’ai un peu moins aimé ce héros parfait : il exige de la seule femme qui l’aime qu’elle guérisse d’un poignet brisé, parce que cette fracture est inadmissible durant leurs aventures. En vrai, il a peur, parce que cette fracture est au-delà de son immense savoir, de son humour et de sa vivacité.
Je ne lui demande pas de cesser de pleurer. Je finis juste, après avoir laissé le silence lavé mes inepties et ses larmes, par lui dire qu’un jour, il faudra trouver une parade à ce trou béant, capable de le mettre à terre en une ligne écrite au crayon à papier. Il hoche la tête, je ne sais pas si c’est pour marquer son accord ou mettre fin à ce déplorable échange.
Pendant onze ans, j’ai acquis beaucoup de pouvoirs.
Mais jamais assez pour faire face à tous les néants.