Jeudi 27 septembre

Je l’ai déjà écrit ici, il y a des élèves qui me font fondre, des chouchous. Les gamines aux intelligences impertinentes, les taiseux, ceux qui griffonnent intensément.
Mais, toute modestie bue, il y a des élèves auprès de qui je fais toujours un effet bœuf (hasthag lesexpressionscooldesannéessoixantedix). Il s’agit toujours, ou presque du même gamin.
Tu es toujours ou presque un môme peu scolaire, mais qui parvient à se maintenir dans les limites, juste assez pour ne pas te faire trop lourdement sanctionner. Tu es vif d’esprit, et tu me feras régulièrement râler par cette belle intelligence que tu refuses trop souvent de dégainer. Tu t’entraînes à la répartie et, dès le début de l’année, tu tenteras de me faire rigoler. Tu y parviendras de temps en temps et c’est là que je sens que le courant va passer.
Pour que tu m’apprécies, il faut souvent que tu paraisses insupportable aux yeux d’un ou plusieurs collègues. Et, objectivement, insupportable, tu es tout à fait capable de l’être, à divers degrés. Avec moi, jamais ou presque.
Tu auras toujours des passions dont tu aimeras un peu trop parler en classe. Je te chambrerai dessus et, invariablement, tous les ans, tu prononceras le “mais vous connaissez, monsieur ?”
Bah évidemment que je connais, je suis pas souvent cool, mais là-dessus, oui, je suis cool.
Tu prendras régulièrement ma défense les fois où mon autorité flanche, et tu feras beaucoup d’efforts en français. Pas suffisamment. Mais beaucoup.
Et souvent, très, très souvent, j’apprendrai, en début d’année ou tout à la fin, la famille en petits morceaux, le “pasdpapa” qui revient métronome, ou la vie fracassée.
“Je me suis toujours vu père de famille, mais pas que d’une famille de garçons, et pas tous pareils.
– Et puis pas tes élèves, non plus, complète T. en rigolant juste assez doucement.”
Vrai.