
Instant malaise en troisième Glee : Ti’ana, comme tous ses camarades, présente une profession lors de l’heure vie de classe. Nous n’avons pas donné de contrainte à l’exercice, aussi, la gamine a choisi le métier de mannequin.
La troisième Glee, je suis le premier à le reconnaître, est une classe à part. Et un petit miracle. Les mômes qui la composent ne diffèrent pas des autres élèves d’Ylisse. Mais ils ont tous une affinité commune pour la musique. Un prof passionné qui les a éduqués avec patience et respect pendant quatre ans, sept heures par semaines, Monsieur Vivi. Et un projet qui les a unis. Tout ça leur a permis de développer une grande clairvoyance, et un respect relatif pour l’endroit qui leur permet de s’épanouir.
Aussi les mômes comprennent-ils que l’exposé de Ti’ana est tout pété. Ti’ana est une élève à la personnalité éminemment attachante, et dont la force de conviction, quand elle parle, impressionne. Dispositions qui lui ont permis, ces trois premières années de collège, d’adopter une position de leader, en classe.
Mais en troisième, quand l’analyse et la méthode deviennent indispensable, quand il n’est plus possible de la jouer uniquement au culot, ses lacunes deviennent apparentes. Et il y a quelque chose de déchirant à la voir tenter d’expliquer la vie d’un mannequin, alors que son corpus doit se résumer au Diable s’habille en Prada. Et brutalement, alors qu’un camarade l’interroge sur ce qu’un un Directeur Artistique, qui apparaît dans l’arborescence des métiers qu’elle a trouvé sur internet, Ti’ana se lance dans une diatribe maladroite contre le culte de l’anorexie dans le milieu.
Bref, la môme est au bout de ses ressources. Prudemment, je déconstruis son exposé, avec l’aide du reste de la classe. Miracle, elle le prend bien.
C’est un Monsieur Samovar songeur, qui descend vers la gare de RER. Dans une autre classe, Ti’ana brillerait. Parce qu’elle est attentive, polie, qu’elle participe et parle bien. Mais en Glee, où ces qualités s’appliquent à de nombreux élèves, du fait de leur bonheur à venir en classe, elle apparaît comme en difficulté. Et il m’est loisible de construire des méthodes pour l’aider à progresser, à créer un socle, des assises qui permettront à son bagou de s’exprimer pleinement.
Les Glee sont-ils des mômes d’élites. Non. Définitivement pas, et L., la prof de maths des quatrièmes, s’en est vite rendue compte, avec sa claivoyance habituelle. Mais ils disposent d’un avantage sur tous les autres : l’envie. Et cette envie, il a fallu un collègue exceptionnel entièrement dévoué, une équipe de quelques autres profs convaincus et liés, ainsi que le suivi de profs de musique d’un conservatoire, d’élus divers pour la susciter et la maintenir.
Est-il possible d’en offrir autant à chacun, sans changer les profs en moines soldats ?
Il faudrait.