Mardi 27 novembre

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Tous les ans ça revient, comme une mauvaise grippe. Systématiquement, un élève me deviendra infiniment antipathique. A tel point que je préférerai me détourner de lui plutôt que de me montrer franchement désagréable. Bien entendu, je m’en voudrai. Et comme je n’aime pas m’en vouloir – parce que je m’aime beaucoup – je lui en voudrai aussi.

Bref c’est un cercle vicieux au carré, un truc dégueulasse.

Cette année, c’est Jowy qui a hérité de cette déplorable élection.

Jowy est un élève de troisième Glee, beaucoup plus âgé que ses camarades. Il va sur ses dix-sept ans, sa présence dans un collège alors qu’il devrait être en première s’expliquant par un parcours de vie pour le moins chaotique.

D’aspect extérieur, Jowy est un môme agréable, courtois et doux. Jamais un mot plus haut que l’autre à un adulte – ce n’a pas toujours été le cas – un vocabulaire plutôt maîtrisé, et un regard qui vous fixe avec toute la maturité et la fragilité du monde.

Sauf que Jowy est un gros mytho.

Jowy passe sa vie à mentir. Aux profs. A sa mère. Et même à ses potes.

Jowy n’a jamais fait ses devoirs. Il ne les a pas compris. Un prof les lui a piqués. Il les a prêté à un camarade aveugle et tétraplégique.

Jowy veut vraiment réussir, il l’a dit à la prof de Sciences Physiques.

Jowy veut une bonne orientation, il l’a dit à la déléguée. Du coup, est-ce bien grave s’il a perdu la convention de stage en entreprise.

Jowy a séché la chorale pour la troisième fois de suite. Parce que la surveillante de la cantine l’a accusé d’avoir lancé une brique de lait qu’un méchant avait caché dans sa capuche.

La surveillante ne surveillait pas la cantine ce jour-là.

Jowy ment, et sa mère n’aime pas ça. Elle promet de le “renvoyer en Afrique.” C’est une menace suprême, une menace vague mais réelle, dont on ne parvient pas à saisir les contours, mais assez impressionnante pour que l’on nous encourage souvent à ne pas communiquer les conneries de Jowy à la famille.

Jowy ment de plus en plus, de moins en moins bien. Même là-dedans, il ne fait pas d’efforts et c’est ce qui me rend méchant. Il n’essaye dans aucun domaine, même dans le mal.

Jowy, je suis son prof principal avec Monsieur Vivi, et il exige de nous un superbe avenir. Tout en continuant à nous chier ses bobards. A traîner avec les mecs les plus relous du collège.

Jowy. Dix-sept ans.

Envie de le coller contre le mur, de lui hurler dessus. De lui hurler que j’en ai marre, qu’il m’insupporte, que le collège n’est pas son matelas de sécurité.

Envie de lui demander, juste une fois, de dire un truc vrai.

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