
Me voilà donc en stage pour trois jours, et l’impression d’avoir touché le gros lot : je quitte le bahut à un moment où la fatigue me rendait assez pénible pour les élèves, et vice-versa, le stage en question se passe à Paris, ce qui me permet de quitter mon domicile à 8h15 au lieu des habituels 6h50 – heure à laquelle Paris a encore bien la tête dans le cul, n’en déplaise à certaines chansons française – et je vais faire du théâtre, ce qui, en soit, m’enchante au plus haut point.
Volontairement, je descends trois stations plus loin. Je suis devant l’immeuble dans lequel j’ai passé les quatre premières années de ma vie parisienne. Mitoyen aux éditions Albin Michel.
Lentement, je remonte la rue, et traverse le jardin du Luxembourg. Je marche sur du tissu cicatriciel. Le jeune adulte à vif, vif de son indépendance, de la dose de boulot incroyable de la prépa, de Paris, s’est apaisé. Cette partie de mon passé est stable. Forte.
J’entre dans le théâtre de l’Odéon par une petite porte dérobée et déboule, entre deux couloirs à dorure, dans le studio dont le vénérable parquet va accueillir les ébats de mes collègues et les miens durant trois jours.
Nous venons tous de bahuts REP+, sommes tous de provenance et d’âge différents même si, une fois de plus, je suis l’un des doyens de la promotions. Les attentes sont variées : entre les nouveaux collègues cherchant des pistes quant à leur souffle et leur posture, ceux qui ont besoin de renseignements pour monter un atelier théâtre, ceux qui ont été inscrits d’office sans bien savoir pourquoi…
Le début de la matinée se passe dans de petits jeux scéniques et je me rends compte avec joie que je parviens enfin à juguler mon syndrome Rachel Berry qui me pousse à vouloir occuper intégralement toute scène sur laquelle on me pose et à manger mes condisciples. Je me fais petit, me met au lointain… pendant une bonne demi-heure, à la suite de quoi, je me remets à bondir sur scène dès qu’on demande des volontaires et propose des idées d’une manière un tout petit brin autoritaire… Certaines choses ne changent pas.
Quand on me demande, à mon tour, ce que j’espère du stage, je ne donne pas la réponse principale, n’ayant pas spécialement envie que l’on appelle les flics pour me jeter dehors : être avec d’autres personnes. Pendant trois jours, vivre quelque chose, aussi dérisoire que puisse en être le résultats, avec des gens. Que j’apprendrai à connaître, avec lesquels je devrai me lier, me livrer à des exercices plus ou moins ridicules, apprendre.
Faim d’être dans un groupe. De me laisser porter. De voir.