Mercredi 30 janvier

Je prépare le morceau de bravoure des troisièmes Bazoukan.

Tous les ans, je tente d’en créer un pour chaque classe. A sa mesure. Quel que soit son profil, quelles que soient ses difficultés. Ce n’est pas rien, un morceau de bravoure. J’ai réfléchi, longtemps. J’ai tenté de me souvenir de chacun d’eux. De ce qui rend la classe hystérique, de ce qui soulève son intérêt.

Et cette année, eux, et seulement eux, joueront des extraits d’Antigone. Parce que, pour la première fois de l’année, ils ont montré un intérêt, un vrai, pour un être de papier. Parce que toutes les fois où je me suis montré exigeant et que j’ai refusé de lâcher le morceau, ils ont été heureux. Pour peu que le résultat soit à la hauteur. Parce que je veux qu’ils se voient capable d’apprendre seize lignes par cœur, et que cette estime d’eux-mêmes ne sera pas négociable.

J’explore la pièce, je cueille les extraits qui, durant les lectures, les ont fait rire ou débattre. Une, deux ou quatre personnes sur scène.

Les deux heures de demains sont un sacré pari. Parce qu’il s’agit typiquement du genre d’activité qui peut se solder par un lamentable échec, et une salle de classe transformée en annexe d’une arène de MMA, avec effets pyrotechniques.

Mais j’enseigne depuis assez longtemps pour, de temps à autres, ne pas jouer que la sécurité.

Et surtout, si ça fonctionne, si seulement, si seulement, alors peut-être que cette classe, qui met tant d’énergie à se montrer pénible aux yeux des adultes, se verra-t-elle, quelques instants, sous un autre jour.

Je ne me fais pas d’illusion. On ne guérit ni ne sauve.

Mais, peut-être, peut-on inspirer. Et, comme toujours, planter des graines.

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