
Il est des élèves doux. Des élèves qui traversent votre carrière sans se faire remarquer, mais qui contribuent à rendre ce boulot infiniment plus paisible.
C’est le cas, par exemple, de Catherine et Shamir. Je les connais depuis la cinquième et, par le hasard des répartitions, elles sont sœurs d’armes dans la même classe depuis trois ans. De la cinquième à la troisième.
Catherine est une étincelle. Vive, drôle, boudeuse, bordélique, dynamique. À ses côtés, Shamir traverse sa scolarité avec davantage de sérénité (de succès aussi), en regardant toujours d’un œil vaguement amusé les déconvenues dans lesquelles se fourre sa pote. Elles passent leur temps à se chamailler, cherchant toujours à s’attribuer les mérites du travail de l’autre quand elles bossent en groupe. “Monsieur, c’est pas Catherine qui a trouvé, hein, elle est juste venue vous le dire avant tout le monde.” “Aaaaan ça se fait TROP PAS, sans moi personne aurait rien compris au texte !”
Catherine et Shamir ont des résultats qui dépassent rarement le bon, sans jamais basculer dans l’inquiétant. Et elles attendront toujours, toujours le bon moment pour communiquer avec leur prof. Que ce soit pour demander un renseignement ou échanger une plaisanterie en fin de cours.
Jamais l’une des deux n’a causé chez moi autre chose qu’un profond plaisir à les aider. Leur duo, qui n’a rien d’extraordinaire, crée une bulle, non pas de douceur, mais de normalité. À preuve, même la petite clique de garçons pénible de troisième Étourvol leur fiche une paix royale. Comme s’ils avaient compris que non, vraiment pas, les conflits et les mots durs ne les intéressent pas.
Catherine et Shamir font partie de cette catégorie rare d’élèves. Qui ont la force de porter en elles leur univers. Qui s’appuient l’une sur l’autre, pour traverser le tumulte du collège.
Et quand l’une se tourne vers l’autre, je ne réprimande jamais. Parce que toujours, toujours, c’est pour l’aider.