
Le clou du spectacle commence en quatrième.
Aujourd’hui, nous commençons à étudier le fantastique.
Et je sens que dès le départ, dès que s’affiche le tableau de Henri Füssli, “Le cauchemar” au tableau, que ça va fonctionner. Que les portes s’ouvrent. Nous avons tous, enseignants, nos sujets de prédilections. En Histoire, il suffit que M. commence à aborder le thème du Moyen-âge pour que ses élèves se retrouvent transportés dix siècles en arrière. Ou que O. aborde le chapitre de la reproduction pour que les mômes sentent leurs préjugés éclater dans un glorieux feu d’artifice.
Nous avons tous, nous adultes, un univers mental qui n’attend que le bon moment pour se déployer.
Me concernant, ce sont ces mots, dans la brume qui cache l’infini. Je leur raconte l’étymologie de cauchemar en anglais, “nightmare”, la jument de la nuit, et l’histoire de Vlad l’empaleur. Les chuchotements dans la nuit de Lovecraft résonnent dans la salle 129, et les quatrièmes Avaltout, pour une fois, s’apaisent. Parce que je suis en maîtrise de ce sujet. Parce que je suis heureux de partager ça avec eux, et que l’expérience balise le chemin. Jusqu’à quel point évoquer les fantômes, sans les perdre dans trop de discours.
Dans un monde idéal, nous serions tous capables d’habiter nos sujets avec autant de force. Mais j’avoue sans rougir que je n’évoquerai jamais avec autant de conviction l’imparfait du subjonctif ou les valeurs du plus-que-parfait. D’autres peut-être, sans doute, le feront.
On évoque souvent, dans les qualités de l’enseignant, la rigueur, la maîtrise du sujet, l’envie de transmettre. Mais les univers mentaux en font également partie. Certains d’entre nous aurons, parfois, la chance de les trouver au croisement de nos pratiques professionnelles. Et alors, dans ces moments où l’on utilise nos armes de prof pour faire entrer nos élèves dans des passions, on fait, durant de beaux et glorieux moments, le plus beau métier du monde.