
Je suis fumasse.
Aujourd’hui, je suis censé assister à une réunion obligatoire. Réunion qui se déroule en même temps qu’une heure de cours des troisièmes Glee. Depuis lundi je dis, écris, signale qu’il serait bon qu’on déplace l’une de ces deux tâches.
Bien entendu, ce n’est pas fait. Et me voilà, forcé de donner à mes élèves un travail en autonomie qui sera surveillé par un AED. J’explique la situation aux troisièmes Glee, présente mes excuses :
“C’est un souci purement adulte dont vous êtes victimes. J’en suis profondément navré.
– C’est pas grave monsieur, fait Arès avec un gentil sourire, c’est Ylisse qui est comme ça.”
Je n’ai pas le temps, parce qu’on m’attend à cette foutue réunion ; mais il y aurait tant à dire à cette phrase. “On est à Ylisse.”
Il y a tant derrière cette phrase. La réputation, réelle ou fantasmée de la ville ; l’IDH, tellement plus bas qu’ailleurs ; la dette ; le fait, finalement, que peu de gens choisissent l’endroit.
“On est à Ylisse.” C’est un peu normal, au fond, que l’enseignement y soit un peu cracra.
Le déterminisme social dans toute sa splendeur : celui que l’on cultive quand des élus locaux disent en souriant, lors de la remise des diplômes du brevet : “Vous voyez qu’à Ylisse AUSSI, on peut réussir.” ; celui qui s’inscrit dans les sigles REP+ et prévention violence. Dans ces milliards de dispositifs qui enserrent, qui renvoient tous le même message : ici, quand même ça craint.
Nous sommes nombreux, au bahut, à nous battre contre cette image, et à avoir les mêmes exigences que dans n’importe quel autre collège de France. La quasi-totalité des profs, en fait. Et ça ne suffit pas, bien sûr que non ça ne suffit pas. Le discours ambiant est souvent trop bruyant.
Demain, sans doute, je reviendrai sur ce dysfonctionnement, je tenterai, maladroitement, de le mettre en mot, d’expliquer qu’une colère serait légitime. Et qu’ils méritent du beau, du tellement beau.