
S’il y a quelque chose qu’on ne peut nier aux sixièmes Akwakwak, c’est leur envie de bien faire.
En pédagogue bêtasson, j’ai eu la lumineuse idée de toujours me demander pourquoi nous étudiions tel ou tel sujet lorsqu’ils n’en saisissaient pas l’objectif. Du coup ils le font. Tout. Le. Temps.
“En fait oui, j’avais compris, mais vous avez dit que c’est important.”
Et alors que nous commençons l’étude des mythes fondateurs, Rachel lève son petit doigt en l’air, et c’est avec une résignation soigneusement déguisée en enthousiasme (yeux grands ouverts, léger sourire), que je tends la main vers elle.
“Une question ?
– Oui, pourquoi on va étudier les mythes fontadeurs ?
– Fondateurs. Parce qu’il s’agit es premières histoires de l’humanité. Parce que c’est intéressant, de voir comment les gens qui ont vécu avant nous essayaient d’expliquer l’univers.
– Moi j’en ai marre d’expliquer tout le temps.”
Frédérica parle rarement, et toujours en levant la main. Cette fois, elle s’est abstenue.
“Comment ça ?
– Pendant les vacances, mes parents ils m’ont expliqué pourquoi il y a avait eu le meurtre, là. Et puis l’autre jour il y a l’attentat, le truc avec les masques.
– Je ne comprends pas le rapport.
– Ben en vrai, elle raison monsieur, enchaîne Chiepoo. On arrête pas de nous dire pourquoi y a ça et y a ça. Ben c’est comme ça. Pourquoi l’univers ? Parce que ! Et pourquoi le jour ? Parce que ! Et pourquoi la nuit ?”
J’ai toujours été déçu, moi aussi, que la chanson de Patty Smith complète ce titre. Les sixièmes débattent à mi-voix.
“Vous ne voulez pas qu’on vous explique ?
– Ben pas tout le temps. C’est trop compliqué, à force…”
Je secoue la tête. Peut-être que ce soir, mieux vaut éviter de les sermonner. De leur expliquer que ce n’est que le début. Le début d’un immense ruban d’explication, le long duquel il laisseront tomber ces belles évidences. Et même la nuit, n’est pas assez forte pour résister à ça.
“Allez, posez vos stylos. Je vais vous raconter une histoire. L’histoire d’Izanagi, d’Izanami, et de comment ils ont exploré le monde des morts.”
Parce que la nuit.