
Coup de téléphone de T. ce soir. Forcément, cette année, nous nous parlons moins. Forcément, nous ne vivons plus les mêmes aventures. Moi en Bretagne, lui en Corse, en train de changer de profession.
J’ai eu terriblement peur qu’il quitte ma vie. Peur qu’il a calmé avec sa chaleureuse et familière rationalité. Et des appels réguliers. Peur qui s’est calmée aussi, avec la prise de conscience que le T. prof, qui a tiré sa révérence, subsiste encore, par les comportements qu’il a imprimé dans ma pratique.
Cette prudence dans le choix des mots, cette rigueur dans les cours de langue, le “bonjour tout le monde” que je lance en arrivant en salle des profs n’étaient pas miens. Je les tiens de lui. Les porte, comme des reliques rassurantes, qui me rendent meilleur prof, meilleur humain.
J’ignore dans quel état d’esprit était T. lorsqu’il a donné son dernier cours. Nous en avons assez peu parlé. Mais j’aime à croire qu’il sait qu’il aura compté, pour ses élèves et ses collègues. Et que ce qu’il a crée, durant la poignée d’années où il a enseigné, perdure.