Mardi 30 mars

Rilke ne travaille pas aujourd’hui. Je ne m’en formalise pas. Je m’assoie à côté de lui pendant que les autres travaillent en silence et fait les exercices à l’oral en sa compagnie. C’est son privilège du jour.

Leia a énormément fait d’efforts ces derniers temps. Elle a probablement ce profil d’élève que j’adore et qui me fend le coeur : elle doit toujours travailler beaucoup plus que tous les autres pour parvenir à un résultat équivalent. Cette récré, elle me retiendra pendant dix minutes pour m’en parler. Elle ne le fait jamais : c’est son privilège du jour.

Pablo a réussi à se reprendre. Après une semaine à me les briser menu menu, durant laquelle je ne lui ai pas décroché un mot qui n’ait rapport avec le travail, je lui ai reparlé pour lui dire que oui, j’avais enfin commencé L’attaque des titans. C’est son privilège du jour.

Anya a eu le droit aux exercices supplémentaires personnalisés que je lui avais promis. C’est son privilège du jour.

J’ai prêté à Taro l’un de mes livres, dont je sais que je ne le reverrai probablement pas. C’est son privilège du jour.

Il y a longtemps, je parlais de traiter les élèves comme des aristocrates. Et cela s’accompagne, de temps à autres, de petites touches d’attention. Que j’ai eu la chance de pouvoir accorder, cette année, aux élèves de la classe dont je ne serai bientôt plus le professeur principal.

Oui notre mission est avant tout de leur apprendre. Mais je pense qu’elle passe aussi, en sous-texte, par des marques de reconnaissance, de temps à autres, de ce qu’ils ont d’unique. Des privilèges.

Laisser un commentaire