Vendredi 9 avril

Depuis le début du confinement, Oleg ne m’envoie absolument aucun travail. D’un autre côté, j’ignore dans quelles conditions Oleg peut étudier : sans son AESH, dans une famille visiblement sans cesse convoquée dans diverses instances, avec un ordinateur pour toute une fratrie et des parents en télétravail…
Mais Oleg m’écrit. Beaucoup. Je peine à comprendre. Il me joint des ribambelles de dessins aux formes étranges.
Depuis que nous avons commencé l’étude de Bilbo le Hobbit, il a entamé l’écriture d’une histoire sans fin, à laquelle il retourne dès qu’il décroche en classe. Une histoire compliquée à comprendre, une histoire dont je tente de déchiffrer le sens. La graphie et l’orthographe d’Oleg sont des codes secrets. Mais une histoire qui continue. Même pendant cette période.
Alors que je n’enseigne plus qu’à une seule classe, devant un écran, sur des applications qui fonctionnent aléatoirement, ce récit fracassé se poursuit, encore et toujours.