Vendredi 28 mai

Je dis aujourd’hui au revoir aux secondes à qui j’aurai enseigné en tout et pour tout trois jours. Je clos cette brève séquence par un cours sur Œdipe, l’un de mes sujets préférés. Ils ont presque les mêmes réactions que les collégiens, lorsque les rebondissements arrivent. Certains feintent peut-être, d’autres prennent des pages de notes en griffonnant des portraits de la sphinge façon SNK.
Rideau.
Acte II, je découvre mon nouveau remplacement. Des premières… et d’autres secondes. Dans le même établissement. Les mystères impénétrables au TZR de base.
Je n’ai eu que deux heures de cours, mais autant de démarches administratives et pédagogiques. Trouver un nouvel emploi du temps, avoir un rendez-vous avec le proviseur-adjoint, contacter la collègue remplacée, se rendre compte de ce qu’il reste à faire avec les classes qui me sont attribués, se dire que même un Tardis n’y suffirait pas, regarder les programmes de première, se rendre compte qu’on a perdu ses clés, pleurer, entrer discrètement chez le proviseur adjoint chez qui sont les clés, partir en quête d’un code de photocopieuse (“Oui, il va falloir que tu prépares les listes de textes du bac, pour les élèves auxquels tu enseignes”), se dire qu’on ne s’en sortira pas…
“Tiens, voilà le code.”
L’agent d’accueil me tend un post-it en souriant. Et fier comme Long John Silver, un plan de l’immense lycée.
“Tu l’avais pas hein ? T’as commencé tout de suite, bille en tête ?
– Un peu oui…
– Fais ce que tu peux, de toutes façons ça va aller.”
Ouais.