Lundi 6 septembre

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Bon. À un moment ça va bien de lanterner, de s’imaginer des scénarios, d’explorer un lycée vide, mais il faut y aller. Par exemple un lundi 6 septembre. Premier vrai jour de cours.

Du fait d’embouteillages persistants, j’arrive à 7h50 au lycée. Les cours commençant à 8h15, cela correspond sur mon fuseau horaire personnel à un retard épouvantable, je n’ai donc pas encore posé le pied dans le bahut que je suis déjà transpirant, tremblant, balbutiant des incongruités, un vrai film de David Lynch à lui tout seul, le Samovar.

Je tente de me recomposer une tête à peu près crédible – vaste défi – tandis qu’entrent les Secondes Azumarill. Et là, c’est comme à chaque début de course à pieds. Une première foulée, bonjour, une deuxième, asseyez-vous, une troisième, bienvenue. Tu ne pensais pas que tu en étais capable, ton esprit raidi et terrifié. Et c’est ton corps, ton corps, toujours, qui se lance, qui fait les premiers gestes, sans crainte. Et la tête suit. Une petite présentation, quelques questions. Je tente de capter leurs regards. La plus grande partie a dans les yeux cette espèce de circonspection un peu tétanisée de n’importe quel élève découvrant un prof en début d’année. Le grand processus d’observation a commencé et je sais parfaitement que le moindre geste LE MOINDRE GESTE (oui, comme ce marqueur que tu viens de faire tomber, bravo) va être scanné, analysé, et contribuer à déterminer le comportement que les élèves auront par rapport à toi en ce début d’année.
C’est donc avec la décontraction d’un lapereau dans la cage d’un boa constrictor que j’entame le premier cours. Et mon sens de prof vétéran – à moins qu’il ne s’agisse de mon indécrottable naïveté – se détend : le courant passe. Quelques-uns osent participer, quelques questions et remarques structurent l’espace, il y a des sourires et beaucoup d’attention. Un premier cours doux et serein. Bien sûr, un premier cours, ça n’est pas grand-chose, quel que soit le bilan. Mais ça donne confiance.

Confiance qui se prend, comme de juste, un gigantesque coup de pelle à l’heure suivante, avec les secondes Volcanion. Qui annoncent tout de suite la couleur en tentant de changer le plan de classe demandé par leur professeur principal et me forcent à moduler délicatement ma voix genre chanteur de trash metal tandis que je fais l’appel. J’applique donc l’ancestrale technique qui ne m’a jamais trahie dans la gestion de classe : je boude. Avec beaucoup de conviction. Jusqu’à ce que de petites voix présentent leurs excuses et me demandent de continuer.
Le reste de la séance sera à l’avenant : je reste constamment sur le qui-vive pour éviter les rires et les gestes de la main vers les portables. Je retrouve les réflexes de gestion de classe de la quatrième Akwakwak, les anciens se rappellent… Autant dire que l’utopie du prof de lycée plantant les graines du savoir devant un parterre d’angelots captivés se prend du plomb de douze dans l’aile et finit en chute libre au-dessus d’un lac rempli de crocodiles. Mais c’est le jeu. Et l’occasion de ne pas laisser rouiller les compétences assimilées durant six ans à Ylisse.

Immense pause de midi avant de retrouver les mêmes élèves. Je découvre les collègues, rencontre avant certains, conversations avec d’autres, déjà familiers. On parle de New York et de la Vendée, de ragondins, de pâté et de la beauté de notre relation au texte.

Ce sont comme des racines qui commencent à s’ancrer dans le sol. Des racines de remplaçant : s’attacher le plus possible pour repartir encore plus solide. Mais pour l’instant, ne pense pas au départ. Pour l’instant, profite du début de l’histoire. C’est souvent le plus beau.

Dimanche 5 septembre

Comme tous les dimanches de Prof en Scène, celui-ci sera consacré à autre chose que le boulot. De la musique, de la littérature, du cinéma, des jeux vidéo…

Et on commence avec les toujours classes GoGo Penguin…

Samedi 4 septembre

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J’ai pas mal repensé ma garde-robe, ces derniers temps. J’ai acheté de nouvelles chemises, un blouson, des badges. Jusque là je ne portais pas de badge. Des masques colorés, aussi, et des chaussures qui le sont tout autant.

Autant d’accessoires pour invoquer ma persona. Dans le jeu vidéo japonais éponyme, les héros invoquent leur persona, une figure de l’inconscient collectif, afin de se battre contre des cauchemars incarnés. Si ce jeu résonne autant en moi, c’est qu’il a mis une histoire, aussi naïve soit-elle, sur ce que je fais quotidiennement : mettre un masque, semblable à moi-même et pourtant différent, pour faire face aux élèves. Parce qu’ils me renvoient, souvent sans s’en rendre compte, tout ce que je crains le plus : mes insécurités, mon manque de boulot, mes compromissions. Alors pour lutter, je grandis démesurément les quelques piliers sur lesquels reposent mon courage. Je l’ai déjà écrit plusieurs fois dans ce journal, et, cette année plus que les précédentes, je le ressens.

Parce que j’avance dans l’inconnu : malgré les conseils et les visages amicaux, je suis à nouveau novice. Dans mes cours, dans mes rapports avec ces collègues dont j’ignore tout, dans mon rapport à ces élèves qui ne sont, pour le moment, que des listes de prénoms que je parcours. Inutilement, d’ailleurs. Tant que je ne verrai pas leurs regards, qu’il n’y aura pas la musique d’une voix attachée à ces lettres, je serai incapable de retenir quoi que ce soit.

Alors je fais tourner entre mes doigts ce qu’il y a d’un peu concret : les classeurs impeccables dans lesquels j’ai rangé mes cours – ils resteront probablement impeccables jusqu’à la fin de la semaine prochaine – les colifichets que j’épinglerai sur mes vêtements, que je passerai à mes poignets, le carnet à griffonner tout ce qui importe.

Je suis à un moment d’angoisse et d’exaltation, à parts égales. Parce que j’ai beau être terrifié, il s’agit de ce moment de l’année où j’ai le privilège de choisir qui je serai. Pour trois mois. C’est ce qui m’a sauvé, les premières années de ma carrière, alors que je me noyais totalement dans les exigences d’un boulot que j’avais sous-estimé, bouffi que j’étais de toute la prétention possible : être quelqu’un d’autre. Le meilleur vecteur possible pour enseigner.

En ce moment, la voix synthétique de mon application de sport me dit l’une des plus grandes vérités du monde, pendant que je fais des abdominaux : “Cela ne doit pas être douloureux.” On pourrait appliquer ce précepte à 99% de l’existence.

Et pour que ce ne ce soit pas douloureux, pour pouvoir être ni tout à fait moi-même, ni tout à fait un autre, pour conjurer mes démons et surtout, surtout, pour rencontrer mes élèves, je reprends entre les mains ce masque, cette persona. Et je la réinvente, une année de plus.

Vendredi 3 septembre

Journée préparation de cours (j’ai un emploi du temps qui ressemble à une œuvre d’art contemporaine mais, au moins, je ne fais pas cours le vendredi) : conception du premier “vrai” chapitre de l’année en seconde avec l’étude de La machine infernale.

En première, j’entame également l’année avec la lecture du prologue d’Antigone.

Les mythes, toujours les mythes. Quelle que soit l’année, l’établissement ou les classes, on y revient, et pas seulement parce que le programme y invite. Les mythes me rassurent, en tant que prof. Ils me permettent de raconter des histoires, ce qui reste l’une des meilleures façons, pour moi, d’aborder des élèves. Ils sont toujours un terrain de connaissances communes. Tous les mômes ont entraperçu la sphinge, entendu parler d’Œdipe ou de quelque créature étrange, dissimulée dans les brumes de l’Antiquité.

Et puis surtout, il y a quelque chose d’immense dans ces textes. Je veux dire, tous les textes nous dépassent. Mais qu’il s’agisse des meurtres des Atrides, des métamorphoses de Circé ou des aventures de Psyché, le poids de ces histoires est toujours palpable. Je disais l’autre jour que si on arrivait à répondre aux questions essentielles que posent les mythes, si on arrivait à comprendre pourquoi, exactement, Orphée s’est retourné, alors on aurait la clé pour sauver l’humanité. Bien sûr, j’étais dans un délire lyrique, c’était approprié.

Mais quand même. À chaque nouvelle rentrée, j’ai l’impression que je n’y arriverai pas. Que ce boulot est trop immense, trop complexe, trop important pour moi.
Alors j’invoque les premières histoires ; et chaque année elles me portent.

Jeudi 2 septembre

Cher Emmanuel Macron, Monsieur le Président de la République française,

Merci de m’avoir rappelé que glandouiller sur internet entre deux préparations de cours est une mauvaise idée. Il faut dire que la journée s’y prêtait. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours la pulsion, le jour de la rentrée des classes, d’écouter et lire ce que le monde médiatique et politique raconte sur l’Éducation. Je n’attends pas de miracle, j’ai passé l’âge, et il manque plus de dents à mon idéalisme qu’à un boxeur professionnel. Mais je garde l’espoir que ce que je perçois au sujet des profs, des élèves, des personnels d’éducation, d’entretien ou d’administration n’est que le fruit d’une vaste incompréhension. Qu’au fond, tout le monde comprend parfaitement à quel point ce domaine est essentiel. Sérieux. Ça ne prend pas des masses de temps à prononcer, sérieux. Y a deux syllabes. Ça n’est pas bien compliqué, d’avoir l’air sérieux. Il paraît qu’être “trop sérieux” c’est un défaut.

Et puis voilà. Vous apparaissez sur nos écrans. Vous souhaitez bonne rentrée à tout le monde. Vous finissez par rendre hommage à Samuel Paty.

Le tout en tenant dans les mains un portrait de MacFly et Carlito.

Samuel Paty est un collègue qui s’est fait assassiner dans des circonstances qui ont mutilé l’Éducation Nationale. MacFly et Carlito deux YouTubers qui font des vidéos rigolotes et sont assez populaires pour être invités à l’Éysée et lancer des défis au président de la République. Le privilège des aristocrates de l’image.

Je n’ai vraiment, vraiment pas envie aujourd’hui qu’on me dise que c’est un détail. Que la communauté enseignante surréagit. Le gouvernement que vous avez formé a fondé la plus grande partie de son pouvoir sur l’image. Par des déplacements, des discours, des vidéos savamment maladroites, semblant obéir à l’adage : toute publicité est une bonne publicité. Et je sais parfaitement que ce billet en fait partie, de cette publicité. Mais c’est trop difficile. Trop difficile d’avoir dans le même plan, d’avoir sur le même plan, la présence d’un homme tué et celle, même pas assumée, avec ce cadre retourné, de deux comiques.

Ce que j’adore, lorsque j’enseigne le français, Monsieur le Président de la République, c’est lorsque je parviens à transmettre aux élèves que tout, dans une fiction, peut avoir un sens. En fonction du contexte, de la lecture que l’on en fait, des circonstances selon lesquelles on la dévoile. Et j’ai beau retourner cette vidéo d’une poignée de secondes dans tous les sens, le sens que j’en retire est épouvantable. Au mieux, il s’agit d’une maladresse folle. Une maladresse qui prouve à quel point tout ce que j’espérais avant de vous écouter est infondé. Au pire… Je n’ai pas vraiment envie de tirer de conclusions sur ce que l’on pourrait interpréter de pire sur cette intervention, mon cynisme n’a pas les épaules. L’un des seuls réconforts que j’arrive à invoquer aujourd’hui, est que cette image sera rapidement noyée sous un flot d’autres images, d’autres maladresses, d’autres blessures, infligées volontairement ou non.

Balancer un nom, balancer ce nom, comme ça, au milieu d’une opération de communication, n’est pas possible. Pas digne. J’espère en tout cas, que les élèves à qui nous enseignons s’en rendront compte. Pour eux, pour le monde dont ils hériteront. Et aussi pour Samuel Paty.

Mercredi 1er septembre

Il y a deux moments auxquels je me réveille à cinq heures du matin : le jour de mon anniversaire et à la pré-rentrée. C’est donc le pas quelque peu chancelant que je me lève, tentant de ne pas enfiler un seul chausson aux deux pieds. Le moi plutôt sympa d’hier a eu la gentillesse de repasser et déposer des vêtements propres prêts de la douche, ce qui ne m’empêche pas de trébucher, me cogner, maugréer, me relever, me recogner… Une matinée de rentrée classique.

Ce qui est moins classique est mon temps de trajet. Douze minutes pour me rendre de mon domicile au lycée Gallia, dans lequel j’officierai un trimestre, je n’ai jamais vécu ça, tournant plutôt à une heure de route. (et bien entendu, j’arrive encore plus en avance que d’habitude…) Me voilà donc, mon sac à dos sagement sanglé aux épaules, à tenter d’affecter un air dégagé tandis que les collègues débarquent, bavardant, échangeant sur leurs vacances, bref, effectuant leur rentrée habituelle. Je me dirige du côté des stagiaires, petit troupeau timide, avant de laper le café-tasses plastiques et de commencer à aborder les malheureux assez malchanceux pour croiser mon regard, et à activer mon plan « rencontre d’un étranger » : bonjour timide, présentations, BLAGUE NULLE RIRE TRÈS FORT OHOH ! (Ne m’abordez pas. C’est mieux)

Heureusement, la réunion plénière vient mettre fin à ce trop plein d’hilarité. Je pense que ce genre de moment est la raison numéro 1 pour laquelle je ne tenterai jamais le concours de personnel de direction : animer pendant deux heures ce genre de réunion qui pourrait être condensée en quarante minutes, devant des enseignants qui sont notoirement l’un des publics les plus périlleux du monde me ferait préférer une initiation à la marche sur braises ardentes. Durant la pause, j’en profite pour sauter sur la photocopieuse et faire souffrir un peu plus la forêt amazonienne en tirant mes photocopies pour un mois.

Repas à l’extérieur, restrictions sanitaires obligent, durant lesquels nous nous vengeons d’avoir dû écouter un adulte debout pendant qu’on était assis sur des chaises en mettant cher au buffet froid. Et je commence à bâtir ma petite constellation : la stagiaire rennaise, le collègue resté six ans en Vendée, la prof-doc qui attend que je la débarrasse de ses spécimens, la prof qui vit ici depuis quarante ans, celle qui aimerait repartir aux Etats-Unis… Typiquement les instants qui me font trépigner sur place : découvrir de nouvelles personnes, s’imaginer lesquelles deviendront compagnons de route, celles dont on tentera de s’approcher, mais avec qui le courant ne passera pas, les alliés imprévus…

Le reste de la journée sera sensiblement la même chose. Comme tous les ans, des renseignements répétés ad nauseam, parce que c’est le jeu, la découverte des salles, toujours un peu différentes, toujours un peu semblables… La file d’attente digne des moments les plus funky de l’URSS devant la porte de la proviseure adjointe pour lui faire part de doléances diverses et variées… Et une sortie bien trop tard, la tête bourdonnante de la mélopée de l’administration.

Je ne retournerai au lycée Gallia que lundi, le jeudi étant dédié à l’accueil des élèves, et mon emploi du temps de gros privilégié me libérant le vendredi.

Et tandis que la fatigue retombe avec la délicatesse d’un quart arrière américain, je relis les listes de classes. Parce qu’il ne manque plus qu’eux : les élèves.

Mardi 31 août

Moment de panique cet après-midi : à force de faire mijoter les premières séquences de l’année dans la marmite fondue qui me sert de crâne, je me fais un nœud au cerveau. J’ai l’impression de ne plus rien comprendre. Sensation familière. Sensation que j’ai ressentie pour la première fois il y a quatorze ans. Celle de ne pas savoir, de ne pas comprendre.

On pourrait croire qu’après tout ce temps, et mon entrée dans la catégorie vénérable de ceux qui reçoivent leur relevés de points pour la retraite – celles et ceux qui rigolent seront collé·es demain – ce genre de truc ne m’arriverait plus.

Et pourtant ça arrive.

Ça arrive parce que l’Éducation Nationale fonctionne comme ça. Pour venir vivre dans une région qui me semble plus douce, j’ai dû accepter de renoncer à la stabilité. À nouveau remplaçant, à nouveau brinquebalé ici et là, à découvrir des niveaux que je ne connais pas, à servir, parfois d’appui pour des collègues qui en ont besoin, parfois de rustine pour pallier aux manques de l’administration. La vie de TZR, quoi. Qui, sur bien des points, n’est pas acceptable.

Mais une partie de moi reconnaît aussi que je l’ai choisi. J’éprouve autant d’admiration pour les collègues contractuels qui passent d’établissements en établissements au fil des mois que ceux qui entament leur dixième année dans un établissement. Lorsque je suis parti d’Ylisse, le bahut de REP+ dans lequel j’étais resté six ans (il faut bien que les nouveaux venus aient le résumé des saisons précédentes), j’ai ressenti du soulagement. Non seulement parce que j’avais épuisé l’énergie si spécifique nécessaire pour travailler dans ce genre de collège, mais aussi parce que je retrouvais, quelque part, ma liberté.

Alors quelle posture adopter ? Celle, toujours furieusement romantique, de l’éternel insatisfait ? Je ne sais pas. Face à moi, il y a Juste la fin du monde. Accoudé au papier, Louis, le personnage principal, me parle de l’illusion d’être responsable de soi-même, d’être son propre maître. Est-ce pour cela que je continue à danser d’un pied sur l’autre ? Collège, lycée, Paris, la Bretagne ? Le Samovar, toujours brinquebalant, à trouver un apaisement dans les soubresauts ?

Ouais. Il est temps que la rentrée arrive, avant que je ne bascule définitivement dans des méditations métaphysiques version coca light. Il est temps que des questions concrètes se posent, que je confronte mes cours de vieux débutant aux intelligences d’un nouveau bahut.

Il est temps d’entrer en scène. Là où – pour une fois – j’ai la sensation d’appartenir.

Lundi 30 août

Ben les enfants ça fait longtemps !

J’espère que l’été vous a été profitable, que vous avez vécu des moments joyeux, et que ceux, plus compliqués, n’ont pas été trop pesants.

Personnellement ce fut chouette. Intense, empli de balades, de retrouvailles, de découvertes, de surprises, de décisions et d’aventures nocturnes (eh ouais !)

Mais en cette semaine de reprises des cours, soufflons un peu sur la poussière du journal en ligne et voyons où nous en étions… Ah oui ! Monsieur Samovar, après une année en Bretagne et une fin de période pour le moins chaotique, se demandait à quelle sauce il allait être mangé… Eh bien je le sais, au moins pour l’apéritif et l’entrée. Jusqu’au 27 novembre, j’exercerai encore une fois en lycée, avec deux classes de secondes, une classe de première générale et une autre de STMG. Elles ne tarderont pas à être baptisées, rassurez-vous. (Pour les nouveaux, je donne des noms de Pokemons à mes classes, ça permet de rester anonyme et mignon).

Pour le reste, il est possible que mes entrées de journal soient un peu plus brèves cette année pour… tout un tas de raison dont je vous parlerai dès que ce sera possible, car je n’ai pas perdu mon goût pour la bande-annonce de mauvais goût !

C’est donc avec énormément de joie et beaucoup d’impatience qu’on se retrouve entre ces pages. Moins que jamais, je ne sais à quoi m’attendre. Une petite année de Bretagne et trois semaines de lycée d’expérience, ça fait peu, pour commencer. Mais c’est aussi ce que j’aime dans ce boulot : l’impression qu’à chaque fois, c’est le début de l’aventure.

Alors à l’aventure, compagnons. Voyons ce qu’il y a derrière la porte du Lycée Gallia…

Dimanche 18 juillet

Je me dois, en ce beau jour de vacances d’été, de t’avouer l’un de mes secrets les plus honteux : la raison de ma présence sur internet n’est pas de répandre joie et bonne humeur auprès de mon lectorat. Ce n’est pas non plus de partager mon expérience dans le but que d’autres enseignants puissent en profiter.

Non.

Je suis sur internet pour devenir une starlette du web, engranger des abonnés, et devenir pour un nombre croissant de personnes un sujet d’admiration et d’interrogations ardentes comme, par exemple, que met-il sur ses pâtes (du gruyère et du beurre, foin de ces afféteries gnan gnan que sont le pesto et la ciboulette).

Et donc, pour atteindre cet objectif, il me faut à présent, comme toute bonne semi-célébrité (et future femme de médecin) être canceled. Que signifie cet anglicisme barbare ? Que je dois brutalement prendre une position qui fera de moi le mouton noir des gens qui me lisent, et que l’on cherchera à “annuler” mon influence toute relative sur internet. Encore une fois, je ne peux que vous conseiller la merveilleuse vidéo de Natalie Wynn sur la cancel culture, en plus elle est sous-titrée en français et promis, vous serez quelqu’un de mieux après l’avoir vue.

Adieu donc, public chéri, c’était chouette, mais il faut désormais passer aux choses sérieuses.

Enfin sérieuses c’est un bien grand mot.

CHAPITRE 1 : LA POMME DE DISCORDE

(Préambule : si un novice de l’Education Nationale passe par là, déjà, je l’invite à fuir très vite, et s’il insiste pour rester, je lui fournis deux expressions nécessaires pour comprendre cette grande rigolade.

Certifié : enseignant ayant obtenu le concours du CAPES. Emploi du temps : 18h de cours par semaine.

Agrégé : enseignant ayant obtenu le concours de l’agrégation, considéré comme plus sélectif que le CAPES. Emploi du temps : 15h de cours par semaine, touche un salaire plus élevé qu’un titulaire du CAPES. En théorie, davantage destiné au lycée, mais peut tout à fait enseigner en collège.)

Tout commence il y a deux ou trois jours, soit une éternité et demie dans la temporalité des réseaux sociaux. Un tout jeune collègue, que nous appellerons Pâris, écrit ce message, depuis supprimé :

Autant dire que le tweet ne plaît pas à tout le monde. Pâris se prend, via des réponses et des subtweets, un discours à base de “Mais dis donc petit jean-foutre, pour qui tu te prends avec ton agrégation de te croire au-dessus de la plupart de tes collègues et dispensé des règles qui s’appliquent à tous les agents de la fonction publique ?”

Légèrement dépassé par une notoriété qu’il n’avait pas vu venir, notre agrégé passe rapidement son compte en privé. Mais bien entendu, l’affaire ne concerne plus que lui.

Certains agrégés demandent en effet pourquoi tout le monde s’offusque lorsque l’on établit une différence entre certifiés et agrégés, tandis que certains certifiés demandent pourquoi les agrégés sont incapables de lire les statuts qui indiquent que l’enseignement en lycée n’est pas un droit ?
Histoire de simplifier la choses, d’autres agrégés expliquent qu’enseigner en collège les a énormément aidé, et des certifiés se demandent s’il n’y aurait pas un peu de jalousie parmi les leurs.

Bref, accroche-toi Marty, nous avons voyagé dans le temps, et nous nous retrouvons à nouveau dans le grand débat agrégé / certifié.

CHAPITRE 2 : LA GUERRE DE TROIE

Le débat CAPES vs agrégation n’est pas nouveau. Même si je n’en n’ai jamais été témoin, nombre de collègues m’ont rapporté, dans de grands lycées, l’existence de salles des profs séparées selon les statuts.
Je pense que l’un des – nombreux – problèmes provient d’un flou dans le statut des agrégé, flou dont notre bon vieux ministère a le secret. Le statut en question précise que les agrégés enseignent exceptionnellement en collège, mais avant tout dans les lycées et les classes préparatoires (source). En théorie, un agrégé, notamment un agrégé ayant effectué son parcours en ligne droite (sans jamais s’arrêter d’étudier) s’attendra davantage à être nommé pour faire cours à des premières plutôt qu’à des cinquièmes.
Le souci étant que la théorie, c’est bien joli, mais les faits, c’est là. D’après des statistiques de 2017 (qui sont les seules fiables dont je dispose), 16% des agrégés enseignent en collège. Ce qui est peu, mais pas négligeable.

L’entrée dans l’enseignement est souvent un moment de vertige profond. Parce qu’on entre dans la vie active, que l’on est nommé dans un endroit dans lequel on n’a aucune attache, parce que lorsque le premier jour de classe, Yanis vous crache dans les cheveux, ça fait bizarre. Et donc, il ne me paraît pas qu’un collègue nouveau dans le métier (ou pas nouveau en fait), se fende d’un tweet maladroit dans lequel il exprime son cas personnel, en oubliant qu’il parle devant des gens qui en ont marné tout autant, si ce n’est plus que lui, et dont il semble nier la légitimité.
Il ne s’agit bien sûr que de mon interprétation. Mais en vrai, je pense que ce tweet représente l’interrogation d’une tétrachiée d’entrants dans le métier. A savoir : “Mais comment est-ce que je vais faire pour être prof ?” C’est en tout cas la question que je me suis posée un nombre incalculable de fois, lors de mes premières années, d’heures de cours compliquées en formations pédagogiques souvent désastreuses.

L’agrégation brandie est peut-être du mépris pour les collégiens. Peut-être un bouclier. Je n’en sais rien, mais Twitter n’étant pas environnement à laisser le bénéfice du doute (comme le montrera très probablement l’accueil réservé à ce billet), il était évident qu’on allait interpréter ce fameux tweet comme une attaque envers la légitimité d’une catégorie de profs.

CHAPITRE 3 : LA-HAUT SUR L’OLYMPE

La légitimité, le mot est lâché. Et non, je n’accepterai pas l’argument “Gna gna gna, les profs qui pignent tout le temps qu’on ne les aime pas.” Depuis que j’enseigne, et particulièrement ces dernières années depuis l’entrée en fonction d’un certain ministre, le discours ambiant semble être, tous en chœur que “Les profs ils travaillent que 18 heures par semaine, ils sont toujours en vacances, ils se plaignent et ils donnent pas de bonnes notes à Marie-Ludivine.” (liste non-exhaustive).
Passer des semaines / mois / années à se battre contre ces clichés peut finir par fatiguer, exaspérer, même. Et lorsqu’on lit les paroles d’un collègue qui semble vouloir rejoindre le camp des oppresseurs, qui se placerait au-dessus de nous, l’envie est forte de le rappeler à l’ordre. Peut-être de l’humilier un peu. Pour lui rappeler que nous sommes dans la même galère, qu’il y a intérêt à ce que nous faisions corps, et que si ça n’est pas possible, autant qu’il quitte le navire.
Je ne pense pas que cette méthode soit efficace. Je crois aux vertus de l’explication, en permanence. Je crains que le fait de secouer un collègue un peu prétentieux ou un twittos maladroit est contre-productif. Car il se mettra alors sur la défensive et sa rupture avec cette union des enseignants que je crois nécessaire de créer, surtout en ce moment, sera consommée. Mais il est de notoriété publique que je suis un traître vendu au patronat, je ne développerai donc pas cet argument plus avant.

“Mais Samovar, il y aussi des agrégés qui ne se plaignent pas d’enseigner au collège, des certifiés qui font des étincelles au lycée, des contractuels et des vacataires qui font de leur mieux partout où ils passent.”

En effet. Et j’en connais, et c’est tout à leur honneur. C’est même génial qu’ils puissent s’éclater et apporter à leurs élèves. Elle est là, notre légitimité. Dans le boulot que nous effectuons. Parce qu’en fin de compte, je pense que chacun d’entre nous sait parfaitement. S’il bosse correctement ou s’il est en difficulté. C’est là que se trouve notre légitimité. Et s’il se trouve que j’ai mal interprété ce tweet, s’il est une marque de mépris envers les enseignants de collège… Mais en gros qu’est-ce qu’on en a à foutre. Il n’a rien pigé, tant en tant que prof, qu’agrégé et que personne.

Par contre, qu’une agrégée estime qu’elle est davantage apte à préparer des élèves au bac qu’un certifié… C’est son droit le plus strict. Du moment qu’elle est capable de le prouver à ses élèves, lors de ses cours.

CHAPITRE 4 : LA COLÈRE D’ACHILLE ET DES AUTRES

“Assez” va finir par crier une foule exaspérée, “assez de cet argumentaire débile, quand est-ce que tu finis et qu’on peut te lyncher ?”

J’ai presque fini, promis. Juste un dernier truc.

Poussé par un démon pervers, je me suis fendu ce matin d’un tweet troll. J’ai écrit, je cite :

“Bonjour les certifiés, bonjour les agrégés.”

J’ai reçu nombre de réponses rigolardes ou ironiques, de gens qui avaient saisi la référence à ce tweet.

J’ai aussi reçu un nombre de messages privés furieux (et pour le coup, premier degré), me demandant pourquoi je ne citais pas les vacataires, les contractuels, les profs des écoles, les CPE et j’en passe. L’idée n’est bien entendu pas de prendre qui que ce soit pour un con (en tout cas pas parmi mes collègues) : mais cette mini-expérience confirme qu’il y a quelque chose de profondément viscéral dans cette défense de notre statut, quel que soit la fonction que l’on occupe dans la grande machine de l’éducation.

Et pour conclure encore une fois en manuel de développement personnel : cette mini-affaire a oscillé entre la rigolade et la grosse colère. Mais j’ignore si elle apportera quoi que ce soit de plus à la réflexion sur notre métier. Certains agrégés ne risquent-ils pas de se sentir éléments indésirables du corps professoral ? Certains certifiés n’auront-ils pas l’impression qu’on continue à les déclasser ? De jeunes profs ne penseront-ils pas qu’un faux pas sur le Twitter prof risque de vous vouer à un supplice de la planche virtuel ? A la fin des fins avons-nous corrigé quoi que ce soit ? A la fin des fins, ce long et indigeste soliloque aura-t-il apporté quoi que ce soit de nouveau sur cette histoire ?

En tout cas, merci au trois derniers qui sont restés, les tomates trop mûres se trouvent sur votre gauche, bonne soirée à vous !

Vendredi 9 juillet

Aux membres de la rédaction de Charlie-Hebdo,

Dans un article du 8 juillet (disponible ici), l’un de vos dessinateurs a publié une série de trois dessins satiriques, intitulés, je cite “Quand les larbins de l’Éducation Nationale deviennent les complices des fous de Dieu”.

Ces dessins représentent respectivement un professeur d’Histoire-Géographie invitant ses élèves à ouvrir leur Coran, une professeure d’Arts Plastiques à brûler Charlie-Hebdo, et un professeur de SVT, à côté d’un corps décapité, expliquant à ses élèves que ce cadavre de “blasphémateur” va être disséqué.

Votre publication est souvent définie comme satirique. Si j’en crois la définition, donc, “une critique de son sujet (des individus, des organisations, des États, etc.), souvent dans l’intention de provoquer, prévenir un changement ou de porter à réfléchir.” (Wikipedia. Oui, je sais, c’est basique, mais la définition est claire).

Me sentant provoqué – parmi une foule de sentiments infiniment plus violents – j’ai donc tenté de réfléchir. En cela, je suppose que votre publication est pertinente. Je me suis penché sur l’étude ayant servi d’argument à ces dessins. Étude expliquant que les “jeunes profs” auraient de la laïcité une vision plus “ouverte, libérale et inclusive” que leurs aînés. Ces trois adjectifs semblent être ceux qui ont provoqué cette envie de caricature, étant donné qu’ils sont en tête de votre article.

J’ignore où je me situe sur votre curseur. J’ai trente-huit ans, enseigne depuis quatorze. Suis-je un Ancien, ou un Moderne ? C’est le premier problème de cette étude. Catégoriser les enseignants en camps. Les Jeunes et les Vieux. Le Mal et le Bien. Parce que, clairement, c’est un peu l’idée, non ? Les Hussards Noirs de la République contre les Relativistes Culturels. Ceux qui barrent la route à tous les extrémismes contre ceux qui les laissent entrer dans les écoles.

Jusqu’à l’année dernière, j’étais enseignant en banlieue parisienne. Je n’ai pas le chiffre, mais à la louche, je dirais que plus de 60% des “jeunes profs” s’y trouvent affectés, après leur concours. Et ils vont souvent enseigner dans des espaces où des religions diverses coexistent. Et parfois, oui, se laissent à voir de façon plus “ostentatoire” qu’à Pont L’Abbé ou Rennes-Le-Château. Il est très probable qu’à la première rencontre parents-profs de Mantes-La-Jolie, un collègue voit arriver une maman voilée, à la remise du bulletin de son enfant. Que des élèves mettent en avant leur religion. Et alors, que font-ils, ces jeunes fous de collègues ? Ils s’en remettent à la laïcité dans son sens juridique ! Ils se servent de la loi comme d’un cadre servant à définir les rapports sociaux d’un pays ! Voilà qui est dingue !

Et cela vous chatouille. Parce que ces trois dessins appellent aux valeurs, et non à la loi. Les enseignants devraient être un socle, un pilier servant à défoncer du curé, de l’imam ou du pasteur. Bien entendu : c’est par la religion que l’extrémisme arrive. Il est temps que ces jeunes cons comprennent que la mort de Samuel Paty – à laquelle, il faut le dire, il est difficile de ne pas penser en regardant le dernier dessin, surtout que personnellement, j’y reviens tous les jours – c’est la faute à la complaisance face à la religion. Qu’il est urgent de revenir à une laïcité de combat. Celle qui permet une société saine et apaisée !

Bon. Nous sommes dans un pays où la liberté de la presse n’est heureusement pas un vain mot. Ni celle de la caricature.

Quelques observations cependant.

Tout d’abord, vous n’êtes certes pas enseignants. Donc peut-être ne savez-vous pas que ces tentatives de division (jeunes-vieux, contractuels-titulaires, certifiés-agrégés) nous les vivons au quotidien dans notre profession, et notamment depuis les dernières élections. Enseigner est une activité souvent très solitaire, même si l’on est entouré d’élèves. Cette opposition débile entre génération de petits cons et de vieux sages est un coup supplémentaire dont on se serait bien passé. Surtout après l’année venant de s’écouler, où les coups ont plu de partout. Littéralement.
Je ne dis pas que cela nous exempte de toute critique. Mais il existe des moments très difficiles où peut-être, juste peut-être, il est bon de savoir différer les moqueries. Notamment lorsque l’on est en deuil.

Ensuite, tourner les religions en ridicule est une chose. Un droit précieux et inaliénable (dont je ne me prive pas, étant donné que je suis déjà voué sept-cent-dix fois à l’enfer s’il existe). Par contre, une fois encore, les caricatures présentes dans l’article trahissent une méconnaissance totale des réalités du métier d’enseignant. Et puis aussi, peut-être, un peu de paresse. Ahah, maintenant on lit le Coran dans les écoles (parce que le Coran, forcément, ça fait poper des intégristes dès qu’on l’ouvre), lol, et on met le feu à Charlie Hebdo. Je sais pas. C’est pas un peu prétentieux de présenter sa propre publication comme étant le flambeau des Lumières ? Je dis pas que vous auriez pu le remplacer par les Lettres Persanes, mais pourquoi pas Libération (ahahah, vous avez vu comme on se marre ?)

Enfin, et c’est là le plus ironique, le chapeau de votre article met en exergue une citation hyper élégante de la coprésidente de la FCPE qui expliquait sans transpirer que l’école “ne parvenait plus à faire vivre la laïcité”, ce qui expliquait, encore une fois, l’assassinat de M. Paty. (ce propos a depuis été retiré des réseaux sociaux d’ailleurs).
Mais franchement, j’aimerais comprendre, si c’est là votre opinion : vous pensez qu’il existe un endroit où elle vit davantage, la laïcité ? Que dans les espaces infiniment divers, infiniment complexes que sont les écoles, les collèges et les lycées ? Où des enseignants formés à toute vitesse – quand ils sont formés – se doivent de traiter des problèmes d’une complexité épouvantable, dans des délais ridicules ?

Parce qu’il me semble – mais ça n’est que mon avis, de prof sans doute corrompu par trop de temps en Essonne – que si la laïcité des Hussards Noirs fonctionnait encore, on s’en servirait, hein. On ne change pas de comportement parce que c’est plus à la mode, hop hop hop tous en crop top ! On change de comportement parce que le monde change. Parce que nous vivions dans une société de plus en plus complexe (punaise, je dois vraiment écrire la phrase précédente, qu’on dirait sortie d’un manuel de socio pour les 8-10 ans ?). Et surtout nous changeons de comportement parce que nous sommes devenu la première digue sur laquelle se brisent ces mutations de société.
Nos collègues ne se font pas agresser, brutaliser, tuer parce qu’ils ne savent pas “faire vivre la laïcité”, ou parce qu’ils ont une vision “inclusive” de la laïcité (d’ailleurs, vous êtes allé voir comment ça se passait Outre-Manche ? Leur Apocalypse se déroule bien ? Parce que si on suit votre logique, ce doit être la fin du monde, chez eux) : tout cela arrive parce que nous ne sommes plus protégés, ni formés, ni respectés.

Eh oui.

Parce que les profs sont désignés comme responsables au moindre dysfonctionnement d’une machine dont, ironie sublime, ils pointent lesdits dysfonctionnements depuis des lustres. Qu’ils tentent de rafistoler avec les moyens du bord, tandis que leur hiérarchie se rengorge de ce qui fonctionne et se défausse de ce qui déconne. Les profs sont, plus que jamais, la cible numéro uno des critiques quant aux problèmes qu’ils rencontrent au quotidien dans leurs classes. Et osent-ils se demander comment faire évoluer les choses, osent-ils se demander si, justement, il ne faudrait pas envisager d’autres modalités quant aux rapports aux différences de cultures, de croyances et de religion, qu’on sonne l’hallali. Et que quand tout le monde nous a bien tapé dessus, un journal satirique vient nous mettre un dernier petit coup de pied dans les côtes parce que, hey, il n’y a pas de raison que nous y coupions.

Et puis bon. L’année prochaine, le Ministère de l’Éducation Nationale remettra la charte de la laïcité en couleur dans les carnets de correspondance des élèves, il rappellera bien “qu’il faut la lire en Éducation Civique” et tout le monde applaudira, et remettra deux euros dans la machine à bashage des profs si cette jolie double page n’a pas réussi à régler tous les problèmes de la laïcité.

Vous savez, les gens de Charlie, j’adore rire de moi, de mes collègues. Il y a des milliards de comportements à brocarder chez les profs. Mais quand vraiment, les fondations tremblent, on a du mal à prendre les choses avec humour.