
Ultimes bulletins de l’année remplis. C’est le moment des bilans : je repense aux élèves que j’ai récupéré en début d’année et les observe mentalement.
Comparé aux montagnes russes qu’ont été les périodes précédentes, l’année scolaire 2018-2019 a été plutôt sereine : sans doute parce que j’ai eu la chance d’enseigner à des niveaux que j’apprécie, à savoir les plus grands.
Mais cette sérénité m’a aussi permis d’approfondir un peu plus mon boulot, d’un point de vue didactique. Parce que les grands moments de ce travail passe avant tout par ça : et, petit à petit, je parviens à mettre en place un équilibre entre la nécessité de surprendre sans cesse les élèves et la nécessité de leur fournir des structures, qu’ils adopteront ou me lanceront à la gueule mais dont, au moins, ils connaîtront les codes et les mécanismes.
J’ai rarement fait autant de langue que cette année (de grammaire, d’orthographe et de conjugaison, c’est comme ça que ça se dit, maintenant) et, paradoxalement, je ne suis jamais allé aussi loin dans l’étude de textes. Pas de miracles pédagogique, surtout, je pense, de l’instinct. On finit par comprendre d’emblée ce qui fonctionnera ou pas avec une classe, on sait quand insister et quand chercher d’autres chemins? Sans doute aussi parce que j’ai la chance d’être un vieux prof : et à Ylisse, les années comptent. Comme le disait M. “je n’ai plus besoin de faire de discipline”. Moi si – je n’ai pas son talent quand il s’agit d’imposer le silence à une classe de vingt-six mouflets plus intéressés par commenter ce qu’il s’est passé entre Maya et Selena dans la cours – mais infiniment moins que l’immense majorité des collègues qui découvrent le métier. C’est injuste, mais c’est comme ça : le boulot de prof, et notamment en REP+, tient à une infinité de petits rituels, un langage secret sur lequel les gamins nous évaluent en permanence : est-il facile de nous agacer, sommes-nous dans l’opposition, à quel moment imposons-nous un “non” ferme, peut-on négocier, partageons-nous des référents communs… ?
Certains adultes comprennent très vite le rythme de l’établissement dans lequel ils sont tombés. Il me faut toujours une longue période.
Après cinq ans, j’ai encore tant à apprendre.







