
“Mais on joue !”
Je pense qu’il s’agit, au boulot, de la phrase la plus susceptible de me transformer en Hulk (bon, un Hulk de 1m77 et dont les actions de brutalité consisteront à hurler en postillonnant généreusement, mais bon…).
“Mais on joue !”
C’est la phrase lancée dans les couloirs quand tu chopes un môme en train de se servir de la tête d’un de ses camarades comme d’un punching-ball, qu’une autre s’amuse à faire trébucher la personne devant elle dans les escaliers ou même lorsque tu sépares une bagarre en bonne et due forme.
“Mais on joue !” façon polie de dire “On n’assumera pas ce qu’on est en train de faire, ça ne te concerne pas, espèce d’adulte, fous-nous la paix.”
Je ne sais jamais que répondre à ça. Répondre efficacement, je veux dire. Je me retrouve toujours à balancer de grands clichés inefficaces : “Ça ne m’a pas l’air d’être un jeu ! “Je veux pas le savoir, donnez-moi votre carnet.” et autre nullissime “Il va y avoir des sanctions.”
C’est cette petite violence quotidienne, banalisée, qui me débecte. Presque davantage que les actes vraiment grave où, là, les adultes auront vraiment prise pour agir.
Je me rappelle un formateur nous expliquant avec beaucoup d’emphase que nous ne pouvons pas laisser ces actes-là s’installer, que ce sont eux qui polluent véritablement un établissement scolaire. Et une collègue répondant, mi-incrédule, mi-résignée “Mais si on fait ça, on ne prend plus le temps de faire cours.”
Les deux ont totalement raison. Je me déteste quand, devant faire entrer en classe la quatrième Avaltout et éviter qu’ils transforment instantanément la salle en annexe du Macumba night club, je me contente d’un vague “Hé, on arrête !” à l’égard du grand troisième qui donne de petites tapes sur le crâne d’un sixième furieux. Mais là, je ferme déjà les yeux sur un début de harcèlement.
La micro-violence ronge, comme une cohorte de nuisibles. Tous les jours. Parfois, on arrive, parce qu’on a le temps, l’énergie, parce qu’on n’est pas totalement submergé par nos préoccupations immédiate, à la repousser. Et parfois non.
Jamais de victoire définitive.








