Lundi 31 mai

BON. Sept heures de cours en lycée. Cette fois on ne rigole plus.
Enfin un peu quand même. L’été – et la fatigue – arrivant, j’ai opté pour la persona de prof qui m’aide à passer les moments compliqués : nettement plus exubérante, tant au niveau du caractère que des vêtements. J’aurais probablement dû opter pour la veste sévère et la chemise, mais tant pis, ce sera manches courtes, moyennant quoi, les élèves loucheront tels des sixième sur le bout de tatouage qui dépasse de mon polo.
Ces considérations cristinacordoulesques passées, il est temps de m’attaquer au gros morceau de ce lundi : premier cours avec des premières. Mon commentaire de texte est au cordeau, je suis au taquet, je vais faire connaissance avec des presque adultes et
Et sept minutes plus tard, je suis en train de leur mettre la misère, en mode prof d’Ylisse (Ylisse était mon collège précédent, en REP+ essonnienne pour les nouveaux) dans ses plus beaux jours. En effet, mon public a décidé que, de toutes façons, il ne choisirait pas ce texte pour le bac et que, par conséquent, il était autorisé à mettre un dawa modéré, mais dawa tout de même. Je me vois donc dans l’obligation d’adopter cette attitude mi glaciale (“Que vous souhaitiez rater votre fin d’année vous regarde, mais ayez du respect pour les quelques-uns qui se comporte en véritables élèves de première”) mi-blessée (“C’est INDIGNE ce que vous faites, INDIGNE. Vous ne vous respectez PAS, et le pire c’est que vous ne vous en rendez pas COMPTE”) qui fit mes grands succès devant des publics aussi exigeants que les 4e Akwakwak ou les 3e Tonberry, il y a bien longtemps. Moyenne en quoi, le cours se termine dans un silence contrit et une prise de notes impeccable. Pas ce que j’espérais pour un premier cours avec de “vrais grands” mais bon.
A l’inverse, les secondes qui émaillent ma journée – quatre groupe tout de même, qui ont tous les droit au même cours… la répétition, ça use – arrivent sereins et repartent en me laissant une impression joyeuse. Nous tritouillons les textes, relevons des fonctions cachées dans les phrases, expliquons des procédés de style retors… Le coup avec quelques expériences de pensées et de références à la pop culture.
Je ressors épuisé. Me demandant comment je ferai si cet emploi du temps est quotidien, l’année prochaine.
“C’est une question de rythme”, me dit G.
Probablement. Et ce rythme là est plus qu’endiablé.






