Et peut-être qu’un jour, à le parcourir matin après matin après matin, je l’aurais usé. Peut-être que les néons blanc crasse, le plastique noir, sous les semelles, l’odeur basse de sueur et de viennoiseries, tout cela sera dissipé.
En attendant je descends le métal crochu des escalators. Comme à chaque fois, près des voix ferrées souterraine, je retiens mon souffle. Respiration bloquée. Et je laisse, sous ma poitrine, la mer, lentement déferler. L’écume submerge les rails, et l’eau grise annihile les artères souterraine, de Paris, ma ville. Parce que plus profond encore, il y a en moi les vagues vénérables du bout du monde.
Sur les bancs, nous ne sommes plus soumis aux migrations pendulaires mais au naufrage. Des centaines – milliers ? – de vie croisées chaque jour. Que je relie en imagination par la puissance de la houle. Le visage bronze luisant. Les oreilles occultées par le plastique des écouteurs. Les voix trop pointues à sept heures du matin. Je décide que tout a un sens. Autour de nous, chantent les embruns dont nous sommes captifs.
On n’attend plus le BUPE. Mais la dernière vague, celle qui anéantira une bonne fois pour toutes.
Attendre. Attendre encore avant de reprendre sa respiration.
Jusqu’à ce que tout déferle.


















