Brest

Si j’ai Paris dans la tête et le fin-fond de la Bretagne aux veines, alors Brest réside au creux de mes hanches, au plus sombre des désirs et des pulsions.

J’y suis retourné cet été. Accompagné. Espérant retrouver la ville de béton et de bitume apaisée sous le soleil estival.

Brest s’est vengée.

Elle est devenue fournaise, aiguisée par des rayons d’une chaleur absurde. La pierre artificielle nous faisant suffoquer, à presque nous faire sortir de la gorge d’absurdes disputes.

Il ne pouvait, au fond, pas en être autrement.

Brest, la ville mutilée. C’est une chose de raconter la mise à mort de ses bâtiments, sous les feux d’une guerre en noir et blanc. C’est autre chose que de parcourir le tissu cicatriciel. Brest hurle encore. Comme je hurlais, quand j’y suis arrivé. Déchirements, en tous sens. De l’adolescent à l’adulte. De l’humeur égale à la soudaine hargne. De l’indolence lycéenne à la grotesque intensité d’une classe préparatoire. De la décision d’enterrer ses sentiments à leur exhumation parce que les sentiments n’ont que faire des décisions d’un presque enfant de dix-huit ans.

Brest, battue de pluie, Brest dont le jour gris s’éternise, cité de l’éternel ponant. Brest dont on ne peut que faire l’ascension ou descendre prudemment les à-pic. Brest dans laquelle de ridicules petits commerces chaleureux tentent de frotter leur petite allumette. Et dont l’une des églises, moitié de pierre, moitié de béton, a seule su saisir la véritable nature.

Des années plus tard, lorsque j’ai voulu émuler Lovecraft, j’ai tracé une histoire dans laquelle les perspectives délirantes du port de Brest avaient invoqué les créatures antédiluvienne. Parce que la ville au bord du monde a échappé à tout, et même aux mains qui l’ont bâtie. Elle est devenue son propre royaume. Ville des villes.

Brest reconstruite en mes soubassements. Ces milliers d’artefacts maladroits, bâtis les uns à côté des autres, incapables de juguler, dans la laideur de la civilisation, l’immense sauvagerie humaine.

Mais même s’il y a la laideur, même s’il y a l’immense, même si le gris règne en maître, toujours, à Brest, il y a la mer. Qui, patiente, qui, magnanime, attend. Le jour où plus rien ne comptera.

Et où elle embrassera les hautes tours grises.

Une réflexion sur “Brest

  1. J’aime Brest, c’est comme ça! Je suis toujours émue de descendre la très froide rue Jean Jaurès balayée par le vent, j’aime le port de commerce et ses odeurs, j’aime le port de plaisance et ses fêtards, j’aime y arriver par la mer, par le train ou par la rue Poulic al lor, j’aimais Recouvrance et sa vie nocturne et j’aime tout autant le plateau des capucins et son téléphérique, j’aime le quartier Saint Martin, j’aime Dialogue, mais par dessus tout j’aime les Brestois, leur énergie et leur amour immodéré pour cette ville que l’on disait laide mais qui est si vivante.

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